Jeux olympiques

Tony Estanguet: «Le projet olympique de Paris est pensé et construit pour 2024»

Le 10 et 11 juillet, l’ancien triple champion olympique Tony Estanguet, coprésident du comité de candidature Paris 2024, se présentera aux côtés du président Emmanuel Macron devant le CIO à Lausanne. En avant-première, il détaille pour «Le Temps» leur stratégie pour l’emporter face à Los Angeles

Tony Estanguet ne pouvait pas rêver meilleur partenaire, lors du grand oral du Comité international olympique (CIO) prévu le 11 juillet à Lausanne, avant l’attribution finale des Jeux d’été 2024, le 13 septembre prochain à Lima (Pérou). C’est aux côtés d’Emmanuel Macron que le coprésident du comité de candidature de Paris (avec Bernard Lapasset) défendra bec et ongles les chances de la capitale française.

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L’actuel locataire de l’Elysée, attendu sur les bords du Léman en fin d’après-midi le 10 juillet, assistera sur place avec les membres du CIO au dîner donné en l’honneur des délégations des deux villes candidates, Paris et Los Angeles. Il participera ensuite au grand oral du 11 juillet, durant lequel les deux dossiers techniques seront disséqués. Quarante-cinq minutes de présentation suivies d’une demi-heure de questions-réponses. Tony Estanguet, triple champion olympique de canoë-kayak (Sydney en 2000, Athènes en 2004, Londres en 2012) et membre du CIO, présente les arguments parisiens.

«Le Temps»: Avoir le président de la République à vos côtés, face à vos collègues du Comité international olympique (CIO), c’est un réel atout?

Tony Estanguet: Emmanuel Macron nous a répété qu’il est, avant tout, à notre disposition. Il s’exprimera bien évidemment lors de notre présentation de quarante-cinq minutes le 11 juillet au matin. Mais il profitera aussi, la veille, de sa visite du Musée international olympique de Lausanne en compagnie du président du CIO Thomas Bach, puis du dîner officiel à l’invitation de ce dernier, pour lier connaissance et s’entretenir avec le plus de délégués possible. C’est la première fois qu’un chef de l’Etat participe à cet examen technique des dossiers, étape cruciale s’il en est.

En 2005, Jacques Chirac comme Tony Blair s’étaient juste rendus à Singapour pour la session finale d’attribution des Jeux. Emmanuel Macron a choisi, lui, d’être présent aux deux rendez-vous: celui de Lausanne, durant lequel nous serons «évalués», et celui de Lima, le 13 septembre, lors duquel la décision ultime sera prise. Ce geste est d’autant plus fort que le chef de l’Etat est jeune, et qu’il est aussi un sportif accompli, licencié de la Fédération française de tennis. Je m’attends à ce qu’il s’implique pleinement, ce qu’il a fait dès sa prise de fonction à l’Elysée.

– Vous connaissez bien le Comité international olympique, dont vous êtes membre. La «Macronmania» peut-elle aussi déferler sur Lausanne?

– Ce n’est pas le sujet. Les 80 et quelques membres du CIO jugeront notre dossier, au regard de leurs critères. Notre objectif, c’est la défense du projet Paris 2024 pour les Jeux olympiques et paralympiques. Rien que le projet. Tout le projet. Pourquoi serons-nous forts? Parce que notre offre est unique. La passion du sport est au rendez-vous, comme l’a montré le million de Parisiens venus assister, voici quelques jours, à la grande fête olympique organisée dans le centre de la capitale. Le décor sera somptueux, car aucune ville au monde ne peut égaler Paris. L’engagement sera au rendez-vous, comme le prouve l’implication de plus d’une vingtaine de partenaires privés.

La présence d’Emmanuel Macron témoigne de notre unité. Toute la France est derrière notre candidature, qui est aussi celle de l’Europe. Elle est également un formidable gage de confiance dans le pouvoir du sport pour changer la société et la rendre meilleure, la transformer. Notre nouveau président est un compétiteur. Il veut remporter ce défi.

– Ce défi, vous pensez le gagner?

– Les Américains ont un savoir-faire incontestable en matière d’organisation de très grands événements. Los Angeles sera un adversaire très rude, très difficile à battre. Mais regardons les symboles: faire revenir les Jeux olympiques à Paris, cent ans après, c’est énorme et cela peut donner lieu à une célébration sans pareil de l’esprit olympique.

Le plus fort, selon moi, tient en deux arguments: l’extrême réalisme budgétaire de notre projet, puisque plus de 80% des sites olympiques se trouveront dans un rayon de dix kilomètres, et la volonté d’insérer toutes ces infrastructures dans le tissu local. Le village des athlètes deviendra, après les JO, un quartier d’habitation! Des compétitions se dérouleront aux Invalides (tir à l’arc), au Grand Palais (taekwondo), en plein cœur de cette capitale qui a toujours fait vibrer le monde. Avec un tel programme et de tels atouts, c’est évidemment gagnable.

– A moins que le CIO n’opte pour une double attribution 2024-2028 et modifie ainsi la donne. Paris 2028, c’est plausible?

– Le projet olympique de Paris est pensé et construit pour 2024. Tous nos partenaires, entreprises, syndicats, organisations issues de la société civile et autorités locales et nationales ont conçu un programme pour cette année-là. Je ne suis pas contre le principe d’une double attribution, mais à condition que les règles soient claires et qu’il ne s’agisse pas seulement d’un report.

Nous savons, nous, que nous devrons complètement reformuler notre offre pour 2028. Tous les accords que nous avons obtenus sont pour 2024. Les terrains, les infrastructures, les partenariats. Il nous sera impossible de conserver cela en l’état pour 2028. La cohérence de notre projet, c’est 2024. C’est aussi cette affirmation qu’Emmanuel Macron vient, au nom de la France, porter haut et fort à Lausanne.

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