Vu du côté thaïlandais du fleuve Salouen, l’avant-poste de l’armée birmane ne paie pas de mine: sur le sommet d’une montagnette dénudée s’alignent plusieurs casemates minables, murs de planches, toits en zinc. Nulle âme qui vive, en apparence, si l’on excepte le chant d’un coq dont le cocorico têtu parvient par intermittence sur l’autre rive. Un peu plus haut, en équilibre sur le vide, se dresse la silhouette d’un édifice aux allures de pagode bouddhiste. Il y flotte, étrangement, un drapeau rouge. Les policiers thaïlandais disent que, chez leurs voisins birmans, c’est signe d’état de guerre.

Cette redoute isolée n’est pas qu’un trou paumé abruti par la chaleur d’avril, figé dans la torpeur d’une après-midi brouillardeuse annonciatrice des pluies prochaines de la mousson: c’est une caserne de la Tatmadaw (forces armées birmanes), celle-là même dont les soudards viennent de massacrer en deux mois plus d’un demi-millier de manifestants s’opposant au coup d’Etat militaire du 1er février.