Union européenne

Toujours pas d'accord qui satisfasse Londres. Tandis qu'Athènes fait du chantage

Après des consultations en bilatérales et en petits groupes jusqu’au petit matin, les dirigeants européens du sommet de Bruxelles ont repris leurs travaux vendredi matin. Objectif: éviter le Brexit. Et voilà qu'Athènes menace de bloquer tout accord...

Mise à jour, 14h30. Le chantage grec

Athènes demande à ses partenaires européens de maintenir le statu quo sur les frontières jusqu'au 6 mars, date prévue du sommet UE-Turquie, sous peine de bloquer les conclusions du sommet en cours à Bruxelles consacré également au Brexit, a-t-on appris vendredi de source gouvernementale.

«Nous demandons une décision unanime sur le fait qu'aucun Etat ne fermera unilatéralement ses frontières jusqu'au 6 mars (...), sinon le gouvernement grec n'acceptera pas le texte des conclusions du sommet» actuel, a précisé cette source.

Mise à jour, 14h00. Reprise des discussions vendredi matin

Les dirigeants européens espèrent toujours conclure au finish vendredi à Bruxelles leurs négociations avec David Cameron pour éloigner le spectre d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE.

«J'étais ici jusqu'à cinq heures du matin pour essayer d'aboutir, et nous avons fait quelques progrès, mais il n'y a toujours pas d'accord», a déclaré le premier ministre britannique, qui a enchaîné dès jeudi soir tête-à-tête et réunions en petit comité pour aplanir les divergences sur ses demandes de réformes parfois controversées. «Je ne conclurai un accord que si nous obtenons ce dont la Grande-Bretagne a besoin».

«Les propositions sur la table ne satisfont pas toutes les parties (...) J'espère qu'on arrivera à un accord cet après-midi», a pour sa part commenté vendredi matin Xavier Bettel, le Premier ministre luxembourgeois.

Dans la nuit, son homologue néerlandais Mark Rutte avait lancé : «Je m'attends à ce que cette nuit et demain (vendredi) ces discussions se poursuivent même s'il n'est pas à exclure que cela déborde sur le week-end».

Vers 06H00, «les juristes ont pris le relais» des dirigeants pour tenter de traduire le résultat de leurs tractations en un texte de compromis. Les rencontres bilatérales ont repris en fin de matinée avant un «English lunch» à 28.


 Vendredi, 08h00. Un sommet à l'état de chantier

L’Union européenne semble désespérée. Dans la soirée de jeudi, les doutes ont grandi à propos de l’obtention d’un compromis sur les demandes mises en avant pour éviter le Brexit. Les travaux reprennent vendredi et les dirigeants européens espèrent arriver à un accord en fin de journée. «Pour le moment, je peux seulement dire que nous avons fait certains progrès mais il reste encore beaucoup à faire», a averti le président du Conseil européen Donald Tusk dans une courte allocution peu avant 03H00 vendredi. Aussitôt après, il a convoqué une série de consultations bilatérales entre David Cameron et plusieurs autres chefs d’Etat, notamment le français François Hollande et le tchèque Bohuslav Sobotka dont le pays préside le groupe Visigrad (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie).

La réunion des chefs d’État et de gouvernement avait commencé jeudi à 18h avec un tour de table où chacun d’entre eux s’est positionné par rapport au projet d’accord négocié entre Bruxelles et Londres depuis deux semaines. David Cameron a demandé à ses homologues de lui livrer un accord «crédible aux yeux des Britanniques», qui lui permette de convaincre ses administrés de soutenir l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE. Selon lui, l’accord doit aussi permettre de régler pour une génération, la question des relations entre son pays et l’UE: «Les futures relations devraient être guidées par le principe de vivre et laisser livre», a-t-il dit.

La question (fatale?) des allocations sociales

David Cameron a aussi demandé que des progrès soient réalisés rapidement dans certains domaines, notamment sur le paiement des allocations sociales pour les enfants restés au pays des migrants d’Europe de l’Est travaillant au Royaume-Uni. Selon des sources diplomatiques proches des négociations, au moins dix pays ont réagi négativement à cette injonction. Le premier ministre britannique a laissé entendre qu’il était prêt à jouer les prolongations jusqu’au week-end.

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A leur arrivée au sommet, tous les dirigeants ont parlé d’une seule voix sur la nécessité de trouver un accord avec le Royaume-Uni. «Je souhaite que la Grande-Bretagne reste dans l’Union européenne», a déclaré le président français François Hollande. «Mais je souhaite surtout que l’Europe puisse avancer, puisse être plus forte et que personne, aucun chef de gouvernement, aucun chef d’Etat ne puisse l’en empêcher.» Auparavant, le président du Conseil européen Donald Tusk a déclaré, à propos de l’enjeu du sommet, que «ça casse ou ça passe».

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Le ton a été donné au tout début de la réunion, lors de la rencontre traditionnelle entre les Vingt-Huit et le président du Parlement européen Martin Schulz. «Aux XXIe siècle et à l’heure de la mondialisation, nous avons plus que jamais besoin du Royaume-Uni et sommes convaincus que le Royaume-Uni se porterait mieux s’il restait au sein de l’UE», a déclaré l’Allemand à l’issue de sa rencontre. «Il est évident que face aux nombreux défis mondiaux, nous, Européens, devons rester plus que jamais unis.»

L’enjeu de la crise des réfugiés

Mais il n’y a pas que le risque de Brexit. Au dîner, les dirigeants ont longuement évoquer la crise des réfugiés à l’instigation de la chancelière allemande Angela Merkel. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont décidé de convoquer un sommet extraordinaire sur la question début mars à Bruxelles. Plus tôt dans la journée de jeudi, un mini-sommet prévu en présence du premier ministre turc Ahmet Davutoglu a été annulé, ce dernier étant retenu après l’attentat qui a eu lieu mercredi soir à Ankara.

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