Ce n’est plus qu’une question de temps, assurait mercredi soir un communiqué du Département des finances. Mais s’il en va des minutes comme des millimètres, l’embarras, pour ne pas dire plus, dans lequel Hans-Rudolf Merz a plongé le collège gouvernemental pourrait dépasser ce que l’on appréhendait au retour de son équipée en Libye et mardi encore, après le départ de l’avion du Conseil fédéral pour Tripoli.

Non seulement l’accord signé par le président de la Confédération s’avère problématique sur les plans politique, juridique, et institutionnel. Mais encore l’envoi de l’avion du Conseil fédéral en Libye pourrait se révéler être une arme supplémentaire offerte au clan Kadhafi pour humilier la Suisse si les choses traînent encore.

Chaque heure qui passe avec l’appareil attendant la libération effective et l’embarquement des otages renforce en effet l’impression que le président de la Confédération a conclu un marché de dupes et accroît la confusion d’un Conseil fédéral condamné au silence. Un Conseil fédéral qui se tait, mais on devine qu’il n’en pense pas moins.

Vœu de mutisme

Le collège gouvernemental a en effet décidé qu’il ne s’exprimerait plus que par communiqués écrits, eu égard à la situation des deux otages suisses encore retenus à Tripoli, comme l’a précisé mercredi son porte-parole, André Simonazzi. Ce n’est évidemment pas le moment de régler des comptes. Mais le communiqué succinct publié mercredi laisse entendre que les discussions ont dû être vives.

Il se borne à préciser que le Conseil fédéral a entendu les rapports de la cheffe du DFAE et du président de la Confédération, qu’il a jugé que l’accord signé par Hans-Rudolf Merz engage la Suisse sur le plan international, et qu’il va passer à la phase d’exécution. Ce qui est aussi une façon de montrer que la Suisse tient ses engagements et attend donc de ses partenaires qu’ils en fassent autant.

Ce vœu de mutisme serait surtout difficile à tenir très longtemps. On peut imaginer la montée de la tension, des spéculations et des rumeurs si l’appareil, d’une certaine façon pris lui aussi en otage, doit prolonger sa vaine attente sur la piste d’un aéroport libyen jusqu’à la fin de la semaine, ou le début de la semaine prochaine, et face à cela le Conseil fédéral muré dans son silence. La Radio romande évoquait d’ores et déjà mercredi le fait que Hans-Rudolf Merz s’était défendu face à ses collègues en invoquant des exigences supplémentaires présentées par les Libyens.

Le fait de croire à la bonne volonté des Libyens et d’envoyer en conséquence un avion sur place en l’absence d’assurances ou sur la foi de fausses assurances relatives à la libération des otages apparaît comme un pari dans le pari initial de Hans-Rudolf Merz. Le premier ministre libyen, qui ne semble pas détenir les clés de l’affaire, n’a pas fait d’autre promesse, orale, et encore s’agit-il apparemment d’une interprétation de Hans-Rudolf Merz lui-même, que de libérer les otages d’ici au 1er septembre.

Si l’attente devait se prolonger encore longtemps, il faudrait ajouter une erreur d’analyse et d’interprétation du contexte à la spontanéité un peu naïve avec lequel le président de la Confédération s’est engagé dans cette affaire.

Est-il le seul à en porter la responsabilité? A-t-il sollicité des informations, de l’aide ou des conseils auprès d’autres services? Ce sont encore des questions sans réponse. Les rapports entre Micheline Calmy-Rey et Hans-Rudolf Merz sont encore loin d’être totalement clairs dans cette affaire. Il s’avère par ailleurs que la cheffe du DFAE a eu fin nez d’exiler en dehors de la capitale la conférence annuelle des ambassadeurs. Cette rencontre qui n’a pas fait l’objet de la moindre communication officielle se tient cette semaine à Interlaken, assez loin de la presse et de l’administration fédérale pour mettre une sourdine aux commentaires et aux récriminations des diplomates.

Si le Conseil fédéral laisse percer un certain agacement face aux initiatives de Hans-Rudolf Merz, le Parti libéral-radical soutient à fond son conseiller fédéral. Là où ses collègues laissent entendre qu’ils ne pouvaient rien faire d’autre que constater la validité en droit international de l’accord signé par le président de la Confédération, le parti veut voir «l’approbation d’un acte courageux», selon les propos de Fulvio Pelli.

Intérêt primordial

Le PLR a lui aussi un intérêt primordial à un prompt retour des otages. Il serait en effet dans une situation très délicate s’il devait choisir samedi son ou ses candidats à la succession de Pascal Couchepin avec une menace de démission planant sur Hans-Rudolf Merz.