Il cite d’emblée Jules Michelet, Napoléon et les exploits de la 1ère armée française qui libéra la Provence en 1944… avec une certitude à la clé, assortie de trois mots: la guerre de civilisation rythmée par la «déconstruction, dérision et la destruction». Il est 20h20, vendredi au palais des congrès «Neptune» de Toulon. Eric Zemmour n’est toujours pas candidat à la présidence de la République. Il est venu présenter son livre sorti jeudi «La France n’a pas dit son dernier mot» (Rubempré).

«Les caïds de la drogue»

Et il parle en oracle, mêlant faits historiques, analyse géopolitique, éloge de «l’intuition française des Pieds-noirs», ces rapatriés d’Algérie dont fit partie sa famille, comme de nombreux spectateurs du port méditerranéen. Première guerre de civilisation: celle qui se déroule entre la puissance «montante» qu’est la Chine et les Etats-Unis, puissance «déclinante». Avec au milieu, «une Europe d’européistes qui ne sert plus à rien».

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Seconde guerre de civilisation: celle menée par l’islam contre la civilisation européenne avec ses «armes traditionnelles: la démographie, les pillages, la guérilla… tout cela dans des enclaves civilisationnelles au cœur de la France». Dehors, devant l’hôtel Ibis Style de Toulon, les affiches «Zemmour Président» sont déjà distribuées. Avec une lettre Z en forme de slogan, si le journaliste-essayiste décide bientôt de franchir le pas des urnes.

Ils sont assis depuis deux heures. Jacqueline, institutrice et Pierre, cadre commercial retraité, se sont installés en haut de la salle. Ils applaudissent lorsque l’essayiste dénonce «les caïds de la drogue qui contrôlent des colonies islamiques au cœur des quartiers». Ils se sont levés lorsqu’il est entré, avec sa silhouette frêle, dopé par l’adrénaline du public.

Eric Zemmour, né en août 1958, bat de sa jambe droite, puis gauche, sur la chaise disposée devant une table basse entre des panneaux des autres invités des «entretiens de l’été» du festival littéraire toulonnais. Le visage du romancier Didier van Cauwelaert, autre invité est à sa gauche. Celui du dessinateur Plantu est à sa droite.

Un pays qui n’existe pas

Jacqueline, l’institutrice d’Hyères, à côté de Toulon, se régale de l’entendre louer «cette tradition littéraire qui, en France, lie littérature et politique». Elle trépigne lorsque l’écrivain parle, soudain, de la «rumeur sur ma candidature», sans la confirmer. Deux rangées au dessus, Yann a posé sur ses genoux son cartable de cuir d’une marque de luxe. Chemise cintrée, chaussures de cuir pointues bien cirées, le jeune informaticien prend des notes.

Victor Hugo fut député. Chateaubriand fut ministre. Lamartine fut l’âme de la révolution de 1848. Zemmour, alias Z les cite à la volée. Il les convoque au chevet de ses thèses. «Sa force, c’est de nous rendre plus intelligents, se félicite Yann. Zemmour, c’est l’anti Le Pen. Marine nous renvoie l’image d’une France souvent inculte, protestataire sans références. Sa révolution a lui a des lettres».

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Un meeting avec Eric Zemmour est plus qu’un voyage dans la France d’hier. C’est un périple dans un pays qui n’existe pas, construit comme un lego gaulois, brique par brique, «qui ne doit plus jouer à être le bon élève de l’Europe». Une incursion sur la société française en grand danger «qu’ils veulent détruire avec leur guillotine sèche qu’est la justice aux ordres des minorités». Une nouvelle saillie sur l’islam et les Arabes «que nous, les Pieds-noirs, nous connaissons bien car nous avons vécu à leurs côtés». Colonisation, pour lui, ne rime jamais avec crime.

Cette France ne supporte pas Emmanuel Macron, même si l’essayiste reconnaît «qu’il a plus le niveau que les autres dans cette lente descente aux enfers» d’où ne surnagent que quelques exceptions, comme le défunt Philippe Séguin, l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement ou le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, «des hommes d’idées et de culture pour moi, candidat au débat».

«Des vérités qu’on peut comprendre»

Zemmour parle d’une «France de mille ans». Le possible candidat Z est professeur d’histoire, de géographie, expert en narcotrafic. Le tout au service d’un être: la France. Lui, l’ex journaliste politique dit sa détestation des élus actuels et celle de l’Amérique qui vient d’obliger l’Australie à rompre son contrat d’achat de sous-marins. «On vous raconte tout le temps que la France est nulle, mais elle est la seule à maîtriser entièrement toutes les pièces de ce genre d’engins.» Toulon applaudit. Zemmour est en campagne.

Tout n’est, dans sa bouche, que grandeur oubliée, saccagée, piétinée de la France. Marc est sorti, une heure plus tôt, de la salle de fitness située face au palais des congrès. 34 ans, ancien militaire, il croit à ce vrai faux candidat qui dit «des vérités qu’on peut comprendre et qui nous rendent fiers d’être Français». En contrebas, sur le port, deux femmes voilées sont assises sur un banc, face au ferry en partance pour la Corse.

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Dans la salle du Neptune, Eric Zemmour parle en sauveur, fustigeant les médias et le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui l’a obligé à quitter l’antenne de la chaîne d’information Cnews. Il défend «l’homme hétérosexuel blanc», assiégé par la «cancel culture». Le monde de Zemmour est un chaos décliniste global dont la France doit à tout prix s’extirper en urgence, à la Trump. Haro sur le président démocrate: «Vous avez voulu Biden, vous l’avez eu… et il nous déteste».

L’équation est simple. Lui défend la France à la «de Gaulle», contre ces «valeurs féministes qui corrodent l’autorité.» Quand tous les autres, ou presque, sont des «traîtres».