Après l'Ukraine et la Roumanie, les regards se tournent désormais vers la Moldavie, qui élira son parlement le 6 mars. Encastrée entre ces deux pays, l'ex-république soviétique devenue indépendante en 1991 n'a jamais demandé à être rattachée à la Roumanie, dont elle partage pourtant la langue et la culture. La Moldavie insiste en revanche sur sa vocation européenne, mais sans trouver beaucoup d'écho auprès de l'Union. Après l'adhésion roumaine en 2007, l'UE développera un programme de bon voisinage avec les nouveaux Etats limitrophes: Ukraine, Biélorussie, Russie et Moldavie.

Cette dernière, la plus petite des quatre, subit aussi une présence militaire russe non désirée sur son territoire, dans la région sécessionniste de Transnistrie. Bruxelles, sollicité pour des bons offices dans cet interminable conflit ethnique, fait la sourde oreille. L'UE ne souhaite pas compromettre ses bonnes relations avec la Russie, guère pressée de quitter la Moldavie à l'heure où des militaires américains sont en train de s'installer en Roumanie et en Bulgarie.

En décembre dernier, lors de la Conférence de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui supervise le dossier transnistrien, le ministre des Affaires étrangères de Moldavie, Andreï Stratan, a accusé Moscou de soutenir les séparatistes d'origine russe et lui a demandé de retirer ses troupes qui «occupent illégalement une partie du territoire moldave». La Russie a qualifié en retour ces propos d'«absurdes, irresponsables et inamicaux». Le tournant dans les relations entre les deux pays paraît clair, de même que le signal à l'intention de l'UE.

Les Moldaves sont cependant réalistes. Presque tous les partis souhaitent eux aussi de bonnes relations avec la Russie, qui représente le plus grand marché de la région et fournit le gaz ainsi que d'autres ressources essentielles. A la croisée des chemins, la Moldavie cherche pourtant encore sa voie vers un Etat réellement souverain.

La campagne électorale reflète bien les aspirations et les doutes des Moldaves. Elle oppose le Parti communiste au pouvoir, largement vainqueur il y a quatre ans d'un scrutin dont personne n'a contesté le caractère démocratique, et une opposition à la fois faible et divisée. Mais ce gouvernement communiste n'a pas vraiment appliqué la politique de gauche attendue; il a même soutenu la guerre des Etats-Unis en Irak. Très pro-russe au début, il a complètement viré de bord au point de défier Moscou dans les instances internationales. Le PC a ainsi volé à l'opposition son principal argument électoral, le plus séduisant pour les Occidentaux. Les sondages prédisent une large victoire aux sortants: ceux qui rêvaient d'un scénario à la géorgienne ou à l'ukrainienne en seront pour leurs frais.

Le parti d'opposition qui suscite le plus d'espoirs est la récente alliance «Moldavie démocratique» qui regroupe plusieurs partis, du centre gauche à la droite classique. Dirigée par Serafim Urechean, le maire de Chisinau, la capitale, elle est très présente dans les grandes villes. En revanche, elle est beaucoup moins connue dans les campagnes, acquises aux communistes dont le réseau est mieux organisé.

Quant au Parti populaire chrétien-démocrate (PPCD), très marqué à droite, ses 11 sièges n'ont pas fait le poids face aux 71 députés communistes (sur un total de 101). En dépit de ses chances très réduites, le principal dirigeant de ce parti a déjà réservé la place centrale de la capitale pour deux semaines à partir du 7 mars, sans doute pour tenter de refaire le coup des manifs de Kiev.

En Ukraine, les élections ont divisé le pays entre l'Ouest et l'Est; en Moldavie, elles tendent à opposer villes et campagne. La situation économique difficile a poussé près d'un million de Moldaves à émigrer, vidant surtout les zones rurales de leur force de travail. Les retraités qui restent sont satisfaits du parti au pouvoir qui tend à les favoriser. Dans les villes, notamment dans la capitale, où se concentrent quelques poches de richesse, la politique du gouvernement est en revanche observée d'un œil critique par la presse et les organisations non gouvernementales.

Les analystes neutres s'attendent à des élections démocratiques et «civilisées», ne serait-ce que parce que des observateurs internationaux seront à nouveau présents. Le président Vladimir Voronine a d'ailleurs insisté pour que les Occidentaux, en particulier les Européens, envoient davantage d'observateurs. A moins d'une surprise, donc, il ne sera pas nécessaire d'imaginer une nouvelle couleur pour dépeindre une quelconque «révolution» moldave…