Déplorant sans relâche ces violations et les menaces pour la sécurité nationale américaine, l’administration du président Joe Biden a multiplié ces derniers mois les sanctions économiques contre les intérêts chinois, contribuant à la détérioration des relations diplomatiques avec Pékin.

Jeudi, le ministère du Commerce a lancé l’offensive en plaçant une trentaine d’entités sur une liste noire restreignant les exportations sensibles. Puis le Trésor a interdit aux ressortissants américains de commercer avec huit entreprises high-tech, dont le numéro 1 mondial des drones DJI qui était déjà depuis deux ans sur la liste noire du ministère du Commerce. Enfin, le Sénat a approuvé jeudi à l’unanimité une loi interdisant l’importation aux États-Unis d’un large éventail de produits fabriqués dans le Xinjiang.

Reconnaissance faciale

Dans le détail, le ministère du Commerce et le Trésor ont décidé de cibler la haute technologie chinoise, qui serait utilisée pour violer les droits de la population ouïghoure, majoritairement musulmane, dans la région du Xinjiang (nord-ouest). Des groupes de défense des droits humains ont rapporté que la Chine exerçait une surveillance sans précédent sur cette population via notamment des recherches à l’aide d’ADN et l’usage d’intelligence artificielle pour de la reconnaissance faciale.

Lire aussi: A Londres, un «tribunal» pour examiner le traitement infligé à la minorité ouïghoure

«La recherche scientifique en biotechnologie et en innovation médicale peut sauver des vies. Malheureusement, la République populaire de Chine choisit d’utiliser ces technologies pour contrôler son peuple et réprimer des membres de groupes minoritaires ethniques et religieux», a déploré la secrétaire américaine au Commerce Gina Raimondo, pour justifier les nouvelles sanctions.

Les instituts de recherche visés par les dernières actions américaines comprennent des centres axés sur les transfusions sanguines, la bio-ingénierie et la toxicologie.

La high-tech au service de la répression

Cela «montre comment les entreprises privées des secteurs chinois des technologies de défense et de surveillance coopèrent activement avec le gouvernement dans ses efforts pour réprimer les membres des groupes ethniques et religieux minoritaires», a déclaré le sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, Brian Nelson. «Le Trésor reste déterminé à garantir que le système financier américain et les investisseurs américains ne soutiennent pas ces activités», a-t-il ajouté.

Au total, 37 entités ont été ajoutées à la liste du ministère du Commerce des entreprises accusées d’être impliquées dans des activités «contraires à la politique étrangère et aux intérêts de sécurité nationale des États-Unis». La liste comprend des entreprises chinoises mais aussi des firmes de Géorgie, de Malaisie et de Turquie, selon le document qui doit être publié au journal officiel vendredi.

Importations du Xinjiang bannies

Concrètement, Washington a décidé de restreindre les exportations sensibles vers l’Académie chinoise des sciences médicales militaires et 11 de ses instituts de recherche en raison de ses travaux de biotechnologie, y compris «de prétendues armes de contrôle du cerveau», détaille-t-il.

Des experts, des témoins et le gouvernement américain affirment que plus d’un million d’Ouïghours et d’autres musulmans turcophones sont incarcérés dans des camps. Outre la stérilisation forcée des femmes, la Chine y est accusée d’imposer le travail forcé.

Les États-Unis ont qualifié la campagne de génocide et, invoquant les problèmes de droits humains, prévoient un boycott de la représentation officielle aux Jeux d’hiver de Pékin l’année prochaine. La Chine affirme qu’il s’agit de centres de formation professionnelle et que, comme de nombreux pays occidentaux, le gouvernement cherche à réduire l’attrait de l’islam radical à la suite d’attentats meurtriers.

Le texte adopté jeudi au Congrès porte un grand coup en bannissant des produits fabriqués en tout ou en partie au Xinjiang, à moins que les entreprises ne soient en mesure d’apporter la preuve aux douaniers que les produits n’ont pas été fabriqués avec du travail forcé. Il doit encore être signé par Joe Biden. Le sénateur républicain Marco Rubio, un des auteurs du projet de loi, s’est félicité du fait que l’on ne puisse plus faire des Américains «des complices involontaires des atrocités, du génocide commis par le Parti communiste chinois».

Lire également: Adrian Zenz: «C'est un génocide démographique»

Le Xinjiang est une source d’approvisionnement majeure de coton. Le Workers Rights Consortium, qui surveille les usines, estime que 20% des vêtements importés aux États-Unis chaque année contiennent de la matière en provenance de cette région.