Barack Obama reste peut-être l’un des hommes les plus populaires du monde, mais cela ne l’empêche pas de se heurter à des limites. Ces deux derniers mois, il en a fait l’expérience à Washington où ses initiatives, surtout économiques, ont rencontré le scepticisme ou l’opposition farouche d’une partie du Congrès. Cette semaine, le président démocrate va se confronter au reste du monde. En Europe, sa popularité est gigantesque, comme l’avait démontré l’accueil enthousiaste que lui avaient réservé les Allemands l’été dernier, alors qu’il était encore candidat à la Maison-Blanche. Mais devenu aujourd’hui le défenseur en chef des intérêts de l’Amérique, le président aura la partie bien moins facile.

France, Grande-Bretagne, Pologne, Turquie. A travers des rencontres du G20, de l’OTAN et de l’Union européenne, puis s’adressant de Turquie à l’ensemble du monde musulman, Barack Obama va connaître ces prochains jours son réel baptême du feu international. Il représente un pays qui, pour s’être débarrassé de l’épouvantail George Bush, n’en garde pas moins mauvaise presse: ce sont le capitalisme débridé des Etats-Unis et les excès de Wall Street qui ont plongé la planète dans la plus grave récession depuis des décennies. Difficile pour Obama, dans ces conditions, de s’afficher comme un donneur de leçons.

En tant que capitaine mondial, flanqué de son lieutenant Tim Geithner (le secrétaire au Trésor), le président Obama aurait pourtant aimé qu’on le suive sans rechigner. Dans un monde globalisé, ses milliers de milliards consacrés à relancer l’économie américaine profiteront autant au reste du monde qu’aux Etats-Unis eux-mêmes. Que les Européens mettent aussi la main à la pâte apparaissait dans un premier temps comme une évidence pour l’administration américaine. «Les leaders du G20 ont la responsabilité de mener des actions fortes et coordonnées» pour stimuler la croissance, affirmait récemment Barack Obama.

C’était sans compter sur la contestation des Européens. Angela Mer­kel, la chancelière allemande: «Je ne laisserai personne me dire que nous devons dépenser davantage d’argent.» Le ministre espagnol des Finances, Pedro Solbes: «Mes collègues et moi pensons qu’il n’y a pas de place pour de nouveaux plans de relance.» Des positions résumées récemment de manière abrupte par le premier ministre tchèque, Mirek Topolanek, président en exercice de l’Union européenne: «Je crois que les Etats-Unis se sont engagés sur la voie de l’enfer.»

Devant ces critiques frontales, les Américains se sont souvenus: à l’inverse des Etats-Unis, les pays européens sont dotés d’un système social qui les place dans une situation très différente face à une crise économique. Le plan de relance américain vise en partie à prévenir la paupérisation soudaine d’une frange importante de la population. C’est ce que l’Europe a mis en place depuis longtemps grâce à ses couvertures sociales. Deuxième différence: l’Europe a passé des années à lutter contre les excès des déficits publics. Vouloir aujourd’hui les embrigader dans un plan aussi dépensier que celui de l’administration américaine, c’est un peu comme arriver à une réunion des alcooliques anonymes avec une bouteille de grappa sous le bras, pour reprendre la jolie formule du Wall Street Journal.

Faire ses preuves

Message entendu: «Personne ne demande aux pays de venir à Londres (à la réunion du G20 jeudi) avec un engagement à en faire davantage», a nuancé Michael Froman, responsable des affaires économiques internationales au sein de l’administration Obama, en ramenant les attentes clairement à la baisse: les leaders mondiaux, affirmait-il, «tenteront de faire le nécessaire pour rétablir la croissance mondiale».

Les Etats-Unis se satisferont-ils d’un engagement de pure forme? De fait, si la tournée européenne d’Obama vise à trouver des soutiens à sa recette économique, elle cherche aussi à asseoir le «leadership» du jeune président démocrate, qui doit encore faire ses preuves sur le terrain international. «Le président va écouter autant que diriger», disait ce week-end le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs. Mais, sur le terrain politique, cette volonté de mener la danse risque rapidement de se heurter aussi aux réticences européennes. Sur l’Afghanistan, à propos duquel le président américain vient de dévoiler une «stratégie globale», les différends sont manifestes, qui voient l’Europe plus pressée de voir se terminer la guerre que de l’étendre.

Entre la volonté de montrer une unité retrouvée et celle de défendre des intérêts divergents dans un contexte de crise, la marge sera étroite. «C’est une invitation à la désillusion, résumait le sénateur démocrate John Kerry. Le président devra pousser avec force pour dégager les obstacles hérités de George Bush.»