Dick Cheney poursuit-il la campagne électorale de John McCain dans trois ex-républiques soviétiques? Le vice-président américain a débuté mercredi un voyage de plusieurs jours en Azerbaïdjan, Géorgie et Ukraine. Officiellement, il s'agit de débattre avec Bakou de la «sécurité des couloirs énergétiques pour les livraisons de gaz et de pétrole de la mer Caspienne vers l'Occident». Le déplacement s'inscrit toutefois dans un contexte très différent: il arrive peu après la guerre entre la Russie et la Géorgie et contribue à fâcher encore davantage Moscou dans «sa zone d'influence».

La tournée de Dick Cheney repose la question qui a affleuré ces derniers jours: les Etats-Unis, et plus particulièrement le camp républicain, ont-ils orchestré le début des hostilités en Ossétie du Sud? Pour les néo-conservateurs, en perte de vitesse depuis quelque temps déjà, «le conflit géorgien agit comme de la vitamine, car il montre que le monde est dangereux et qu'il nécessite parfois des solutions militaires», relève David Sylvan, professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. Avant l'éclatement de la crise géorgienne, 1000 conseillers américains étaient présents en juillet. Au début des hostilités, 130 instructeurs étaient encore sur place.

Le premier ministre russe Vladimir Poutine a profité de ce climat de suspicion pour enfoncer le clou sur CNN: «On soupçonne que quelqu'un aux Etats-Unis a provoqué le conflit avec pour objectif d'exacerber la situation et de créer un avantage pour l'un des candidats à la présidentielle américaine.» Pour Moscou, c'est une manière de s'immiscer dans la campagne électorale américaine afin de torpiller la candidature de John McCain, ennemi public numéro un du Kremlin, et de favoriser Barack Obama, plus conciliant envers la Russie.

Relation troublante

Si la thèse de l'implication de la Maison-Blanche dans le déclenchement de la guerre en Géorgie est impossible à vérifier, plusieurs indices laissent apparaître une relation troublante entre l'équipe de la campagne électorale de John McCain et le président géorgien Mikhaïl Saakachvili que le candidat républicain avait proposé comme Prix Nobel de la paix en 2005.

Il y a tout d'abord Randy Scheunemann. Entre janvier 2007 et mai 2008, ce dernier avait une double casquette. Il travaillait comme conseiller de politique étrangère du candidat républicain et il faisait du lobbying pour le gouvernement géorgien. Durant cette période, explique le Washington Post, Randy Scheunemann, copatron d'Orion Strategies, a obtenu un mandat de Tbilissi de 290000 dollars pour favoriser l'adhésion de la Géorgie à l'OTAN. Il a dans le même temps touché 70000 dollars pour conseiller John McCain dans sa campagne électorale. Depuis 2004, le gouvernement géorgien a versé pour 800000 dollars d'honoraires à la société Orion. Expert de l'American University cité par le quotidien américain, James Thurber s'interroge: «C'est dangereux d'être conseillé par des gens proches de pays en conflit.»

Pour John McCain, diaboliser le Kremlin est son fonds de commerce. Appelant à exclure Moscou du G8, il fustige régulièrement la «Russie revancharde». La guerre russo-géorgienne pouvait donc servir ses intérêts. Si David Sylvan doute que les Etats-Unis aient monté de toutes pièces la guerre en Géorgie, il pense qu'ils ont encouragé son déclenchement en sous-estimant toutefois la réaction russe. Charles King, professeur à la Georgetown University, ne dit pas le contraire. La rhétorique de McCain, avance-t-il, a poussé Tbilissi à agir de façon irraisonnable et maximaliste. David Sylvan ajoute: l'effet souhaité par les néo-conservateurs pourrait être minimal: «Les discours des candidats sont modulés en fonction des sondages. Aujourd'hui, 90% d'entre eux sont focalisés sur l'économie, la santé et le chômage. La politique étrangère? On parle un peu d'Irak et d'Afghanistan. Du reste, on s'en fiche.»