La vue sur le lac Léman a-t-elle favorisé un rapprochement entre les deux Corées? Des représentants des deux ennemis jurés ont participé mercredi à un séminaire organisé par la Suisse dans un hôtel de Glion, au-dessus de Montreux, a appris «Le Temps». La tension militaire est extrême dans la péninsule après le cinquième essai nucléaire réalisé par la Corée du Nord, le 9 septembre dernier.

Depuis 2012, la Suisse, en collaboration avec le Geneva center for security policy (GCSP), organise chaque année une table ronde sur la sécurité dans le Pacifique Nord. Ces rencontres réunissent des experts et des diplomates de la région. «Pour la première fois, la Corée du Nord a envoyé une délégation», souligne une source proche de ces discussions. Une participation interprétée comme un signe d’ouverture de la part du régime totalitaire nord-coréen, qui poursuit toutefois le développement de son arsenal nucléaire malgré les sanctions internationales. La semaine dernière, le régime a aussi demandé l'aide internationale pour faire face aux inondations qui ont frappé le nord du pays. La Corée du Sud qualifie cet appel d'absurde, puisque le régime dépense des centaines de millions de dollars dans son programme nucléaire, c'est aussi un aveu d'échec pour le jeune dictateur Kim Jong-un.

La Corée du Nord souffle le chaud et le froid

La Corée du Nord souffle donc le chaud mais aussi le froid. Mardi, Pyongyang a affirmé avoir testé un puissant moteur de fusée. Une avancée supplémentaire dans ses efforts pour se doter de missiles balistiques intercontinentaux. «La menace qui vise la communauté internationale devient de plus en plus grave et concrète. Il faut de nouveaux moyens pour y répondre», prévenait mercredi le Premier ministre japonais Shinzo Abe devant l'Assemblée générale de l'ONU. La Corée du Nord vise à miniaturiser l'arme nucléaire pour pouvoir l'installer sur des missiles pouvant atteindre non seulement les pays de la région mais aussi les Etats-Unis.

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«Les Nord-Coréens font des progrès rapides et avérés, s'inquiète François Heisbourg, président du GCSP, qui était présent lors de la réunion informelle de Montreux. Dans ce contexte très tendu, il est remarquable qu'une telle rencontre ait pu se tenir. La Suisse a bien travaillé. L'avenir dira si cet événement aura eu une importance ou non.» Les négociations entre les deux Corées sont au point mort depuis le premier essai nucléaire de Pyongyang en 2006. Depuis, les canaux sont coupés, à part quelques rares rencontres informelles.

«En Corée du Nord, la moindre rencontre informelle a un caractère très officiel», explique François Heisbourg, sous entendu que la réunion de Montreux a eu l'aval du sommet de l'Etat. La Corée du Sud n'était représentée que par un émissaire, souligne la même source proche des discussions. Séoul conditionne en effet la reprise du dialogue à une reprise des inspections internationales des installations nucléaires de son voisin.

Le GCSP n’a pas souhaité donner plus de détails sur la teneur du séminaire. Vingt-huit experts et diplomates chinois, américains, japonais, mongoles, suisses et coréens, des deux côté de la frontière, y ont participé. Les échanges ont duré trois jours mais seul le dernier était consacré à la péninsule coréenne. Il s’agissait «d’évaluer les risques de confrontation» et «d'une course aux armements», selon le programme. Car les risques d’une nouvelle guerre en Corée, après celle de 1953 qui avait débouché sur la partition de la péninsule en deux pays, «n’ont jamais été aussi grands».