«Les tensions post-électorales qui allaient crescendo avec leurs morts – 7 à ce jour –, leurs saccages de bâtiments publics et résidences privées à Conakry, à Labé, Pita, Koubia et Kissidougou, ces tensions ne pouvaient qu’embraser le pays», indiquait jeudi le site Guinneeconakry.info, quelques jours après la proclamation des résultats provisoires du second tour de l’élection présidentielle. Le site d’information ajoute: «C’est pour éviter une situation de rébellion que les autorités de la transition ont décidé le couvre-feu dans les différentes villes, avant d’étendre l’état d’urgence à tout le pays.» L’état d’urgence a été proclamé mercredi par le général Sekouba Konate, président par intérim.

Une dépêche AP précise: «L’hôpital national Donka de Conakry faisait jeudi état d’un bilan de sept morts et 199 blessés reçus dans ses services ces trois derniers jours. Ces chiffres ne rendent compte que d’une partie du bilan total des victimes de ces derniers jours de violences, dans la capitale mais aussi dans l’intérieur du pays, qui laissent craindre que la situation ne dégénère en conflit ethnique entre les deux principaux groupes de Guinée.»

Lundi, la Commission nationale électorale indépendante a publié les résultats provisoires du scrutin du 7 novembre, que l’on peut consulter sur son site; l’opposant historique Alpha Condé recueillerait 52% des suffrages, contre 47% à son rival, Cellou Dalein Diallo. Jeudi, ces résultats ont été transmis à la Cour suprême, laquelle a huit jours pour proclamer l’issue définitive du vote, indique Guinée 24.

Autant dire que les tensions pourraient durer encore plus jours. «Le contexte est dangereux car le pays n’a jamais été aussi divisé, polarisé», relevait une experte interrogée par Le Temps: «Il y a toujours eu une prépondérance de l’ethnicisme en Guinée, mais toutes les familles sont mélangées et il y a encore une envie «de vivre ensemble».»

Guinée News notait toutefois jeudi qu’«au lendemain de l’instauration de l’état d’urgence, le calme revient peu à peu à Conakry et dans sa banlieue. Sur l’axe Bambeto-Coza, théâtres de violents affrontements postélectoraux les populations qui étaient cloitrées depuis trois jours ont pu sortir ce matin. Dans la zone, les miliaires munis d’armes automatiques sillonnent dans les grands carrefours. Les tirs nourris qui ont duré toute la nuit ont cessé, selon plusieurs habitants de la zone. A Kaloum, quartier administratif, la circulation est dense par endroits. Les bureaux de l’administration sont ouverts, mais quelques entreprises privées ont encore leurs stores baissés.»

L’auteur du billet ajoute: «Au cours d’un entretien avec la presse, Alpha Condé, vainqueur de l’élection présidentielle, a appelé au calme et réitéré sa volonté de former un gouvernement d’union nationale».

Guineekonakry.info dresse peu ou prou le même constat: «Tandis que les prix sur le marché prennent l’échelle, les tensions sociopolitiques, elles, semblent petit à petit retomber. Les rues de plusieurs quartiers et communes de Conakry et des préfectures s’ébrouent à nouveau. Les coups de feu se raréfient et la pluie qui est tombée ces deux jours-ci, prend congé des Conakrykas. La circulation reprend et même parfois connaît de légers embouteillages. On dirait que l’annonce du couvre-feu et de l’état d’urgence, ramène les militants de l’UFDG [parti de Cellou Dalein Diallo] et du RPG [mouvement d’Alpha Condé] à un peu plus de raison.»

«Qu’à cela ne tienne», nuance Tamtamguinée, «la peur et la panique sont toujours perceptible. Les rues sont toujours presque désertes. Le commerce fermé. Il en est de même pour la plupart des stations d’essence. Les prix quant à eux ont presque doublé au marché par le fait de quelques personnes qui, en temps de crise frémit d’aise. En attendant donc la proclamation des résultats définitifs du second tour de la présidentielle par la cour suprême - qui sonne la fin de l’état d’urgence -, la méfiance est de mise.»

Le président sénégalais permettra-t-il l’accalmie espérée? Mercredi, Abdoulaye Wade «s’est entretenu avec le vainqueur du second tour de la présidentielle en Guinée [...] et son adversaire [...] ainsi qu’avec le Premier ministre Jean Marie Doré pour une solution «rapide» à la crise post-électorale dans ce pays», indique une déclaration relayée par l’Agence de presse sénégalaise (APS).

«Il demande à Alpha Condé présumé victorieux de l’élection présidentielle d’appeler publiquement et nommément son frère Dalein [Cellou Dalein Diallo], pour une concertation autour de l’essentiel, la paix et le développement de la Guinée», ajoute le communiqué de la présidence du Sénégal.

Difficile, à ce stade, de mesurer l’impact de cette médiation, qu’appuie par Blaise Compaoré, indique encore l’APS. Le président burkinabé n’en est pas à sa première conciliation dans la région. Pour un commentateur de Guineeconakry.info, le choix est surtout entre les mains des Guinéens: «Il ne faut ni pour Alpha, ni contre lui; ni pour Cellou, ni contre lui, brûler cette terre bénie qui pleure de voir ses fils et filles s’entredéchirer pour une parcelle de pouvoir. Alors que le vrai pouvoir est ailleurs. Il est dans le savoir. Le vrai combat à mener n’est ni entre Peuls et Malinkés, ni entre Sosos ou Forestiers, le vrai combat que les Guinéens ont à mener ensemble doit être contre l’analphabétisme, les maladies, la précarités et la pauvreté. Tout autre combat est aussi futile qu’inutile!»

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