Bonn et Londres récemment, Washington ces jours-ci et bientôt Paris: le procureur du Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie, Louise Arbour, s'est lancé dans une quête d'informations au plus haut niveau. Pendant que certains enquêteurs coordonnent la remontée des informations récoltées par toutes sortes d'organisations dans les camps de réfugiés, il frappe aux portes des Ministères de la défense et des affaires étrangères des pays les plus impliqués dans la guerre que l'OTAN mène contre la Serbie.

Son objectif? Récolter un maximum de données en provenance de divers services de renseignements afin, notamment, «de connaître avec précision les structures de commandement des forces militaires et de police» serbe et, ainsi, «de prouver la responsabilité des militaires et des chefs politiques pour chaque crime de guerre commis» au Kosovo. La collaboration des gouvernements a toujours été sur l'agenda du procureur. Non seulement pour procéder à des arrestations, mais aussi pour lui permettre d'inculper les donneurs d'ordre de la purification ethnique.

Les Etats sont peu enclins, d'une manière générale, à distribuer le fruit du travail de leurs services de renseignements, civils ou militaire. Mais Bonn et Londres ont ouvertement promis leur aide. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Blair soutient efficacement le TPI. En recevant Louise Arbour, le secrétaire au Foreign Office Robin Cook a promis de procéder à «l'un des plus importants transferts d'informations en provenance des services de renseignements de l'histoire britannique, afin de traduire devant la justice ceux qui ont transformé le Kosovo en un abattoir».

Après les Etats-Unis, le procureur se rendra à Paris, sans doute à la fin de la semaine prochaine, à l'invitation du gouvernement Jospin, qui s'éloigne définitivement d'accusations précédentes selon lesquelles le TPI pratiquerait une «justice-spectacle». Sans attendre ces rencontres, la France va faire parvenir aux services du procureur des «informations» sur les exactions au Kosovo, notamment, dit-on côté français, «des analyses sur la hiérarchie militaire serbe».