Il était 22h30 et John* s’apprêtait à se coucher lorsque la sonnette a retenti. Sur son palier se trouvait une infirmière en visière, masque et combinaison intégrale. «Elle m’a dit de prendre quelques affaires et de la suivre», raconte le jeune Britannique qui vit à Hongkong depuis près de deux ans. Peu après, il se faisait embarquer à bord d’un minibus à destination d’un centre de quarantaine destiné aux cas probables de coronavirus.

«On m’a dit que je devrais y rester durant cinq jours, en isolement total, relate-t-il. Je ne suis pas enfermé à clé, mais je n’ai pas le droit de quitter ma chambre.» Neuf jours avant ce confinement, John était allé boire un verre avec une amie. Peu après, elle développait des symptômes: une toux sèche, de la fièvre et la perte de la sensation du goût. Hospitalisée dans une unité d’isolement, elle a reçu son diagnostic vingt-quatre heures tard: elle souffrait du Covid-19.

Livrer les noms de ses contacts aux autorités

Cela a mis en branle une vaste opération de traçage de ses contacts. «Elle a dû livrer aux autorités les noms et numéros de téléphone d’une douzaine d’amis et de collègues vus durant les quatorze jours précédant son hospitalisation», détaille John. Il figurait sur la liste et a reçu un appel d’un officiel du gouvernement qui l’a questionné en détail sur son état de santé et la nature de l’interaction qu’il avait eue avec son amie.

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«Il semblait particulièrement préoccupé par le fait que j’avais passé plus de quinze minutes en sa compagnie, à moins de 2 mètres de distance et sans masque», se remémore John. On lui a dit de s’isoler chez lui et, quarante-huit heures plus tard, l’infirmière en tenue de protection sonnait à sa porte.

Hongkong fait partie d’un petit nombre de territoires en Asie – aux côtés de Singapour, de Taïwan et de la Corée du Sud – qui sont parvenus à endiguer la propagation du coronavirus grâce à un programme serré de traçage des contacts. Mercredi, la cité portuaire avait enregistré 765 infections et trois morts. L’origine de pratiquement tous ces cas est connue.

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«Nous avons une équipe de médecins et d’infirmières qui se chargent de contacter et d’interviewer toutes les personnes avec qui le patient est entré en contact durant les deux semaines précédentes, détaille Vivian Chiu, une porte-parole du Département de la santé. Lorsqu’un nombre important de cas sont passés par un même lieu, ils vont sur place pour récolter des échantillons.» Fin février, ils ont découvert des robinets et des livres infectés dans un temple bouddhiste qui avait enregistré plusieurs cas de coronavirus parmi ses fidèles.

Lorsqu’un malade a fréquenté un lieu rempli d’inconnus, comme un bar ou un avion, le Département de la santé l’annonce dans un communiqué de presse. «Une hotline permet aux gens qui s’y trouvaient en même temps de s’annoncer», précise Vivian Chiu.

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A l’issue de cette enquête, les personnes concernées sont classées en contacts proches ou lointains, en fonction de la durée (quinze minutes ou moins) et de la proximité (plus ou moins 2 mètres) de leur interaction avec le malade. Les premiers sont emmenés dans un centre de quarantaine, les seconds doivent s’isoler à la maison.

Singapour, qui a enregistré 926 cas et trois morts, a mis en place un système similaire. May Kyawt Aung est l’un des traceurs de contacts déployés par la ville. Epidémiologue au sein de l’Hôpital général de Singapour, elle reste en stand-by toute la journée. «Lorsqu’un cas de coronavirus est repéré, nous avons deux heures pour dresser une carte de tous ses contacts durant les quatorze jours précédents», détaille-t-elle. L’interview avec le patient se fait au téléphone, à travers une double paroi en verre.

Reçus et relevés de cartes de crédit

Parmi les questions qu’elle lui pose figurent ses activités durant les deux semaines précédentes, les personnes qu’il a vues, son parcours pour se rendre au travail et les taxis ou vols pris durant cette période. «Nous leur demandons aussi de nous fournir les reçus qu’ils ont conservés et leurs relevés de carte de crédit, afin d’affiner la recherche», précise-t-elle.

Lorsque le patient peine à se souvenir de ses allées et venues exactes, le traceur de contacts lui fait relater par le menu sa routine durant une semaine normale. «Nous lui demandons aussi de se remémorer s’il a assisté à un événement spécial, comme un anniversaire, ou de repasser sur les photos enregistrées dans son téléphone», dit-elle. Certains retrouvent la mémoire lorsqu’on leur fait détailler ce qu’ils ont mangé à chaque repas.

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Les informations récoltées par May Kyawt Aung sont transmises au Département de la santé, qui se charge d’appeler toutes les personnes ayant interagi avec le malade. Lorsque l’identité de l’une d’elles n’est pas connue – par exemple le client d’un chauffeur de taxi qui a payé sa course en argent comptant – ils font appel à la police, qui s’appuie sur des images de caméras de surveillance ou mène des interrogatoires sur le terrain.

Fin mars, les autorités ont créé une app que chaque citoyen peut télécharger et connecter au réseau Bluetooth. S’il vient à être infecté, le gouvernement peut obtenir une liste de tous les détenteurs d’un smartphone qui ont passé plus de trente minutes dans un périmètre de moins de 2 mètres autour de lui.