Libye

Le trafic d’armes se développe sur Facebook

Une organisation non gouvernementale basée à Genève dénonce l’utilisation des réseaux sociaux par les marchands de la mort

Les réseaux sociaux servent aussi au trafic d’armes. C’est ce que démontre l’organisation non gouvernementale basée à Genève Small Arms Survey (SAS) dans un récent rapport rédigé en collaboration avec le bureau d’études Armament Research Services (ARES). Le document se concentre sur les ventes et achats d’armes légères réalisés en Libye au moyen de Facebook entre septembre 2014 et mars 2016. Mais ses auteurs assurent qu’ils auraient pu élargir leur propos à d’autres marques - comme Instagram, WhatsApp et Telegram – et d’autres pays – tels la Syrie, l’Irak et le Yémen.

Le régime de feu le colonel Kadhafi contrôlait strictement l’acquisition des armes et l’accès à Internet. La révolution de 2011 a eu pour conséquence immédiate de vider les arsenaux et d’en disperser le contenu dans la nature. Puis, plus lentement mais tout aussi sûrement, elle a eu pour effet de libéraliser l’usage de la toile. Ces deux évolutions se sont rejointes en 2013 avec l’apparition sur Facebook de groupes de discussion consacrés au commerce d’équipements militaires. Des espaces qui se sont multipliés depuis. «D’abord de manière publique, puis de façon plus secrète», se souvient Nicolas Florquin, coordinateur de recherches au SAS.

Les auteurs du rapport sont parvenus à établir le profil de ces nouveaux intervenants. Les animateurs des groupes de discussion ont pour la plupart entre 20 et 30 ans. Ils sont connectés au marché noir des principaux centres urbains du pays, Tripoli, Benghazi et Sabratha. Et si certains semblent travailler pour leur compte, les plus actifs entretiennent des relations étroites avec les groupes armés.

Le matériel évoqué dans les groupes de discussion va des fusils d’assaut aux systèmes anti-aériens, en passant par les lance-roquettes. Il comprend parallèlement «tout ce qui va avec», à commencer par les munitions, les lunettes de visée et les gilets pare-balles. Leur importance sur le champ de bataille? Il s’y trouve aussi bien des équipements ardemment recherchés par les parties en conflit que des pièces vétustes dont certaines milices essaient de se débarrasser.

La plupart de ces armes ont été importées en Libye voici plus de 20 ans, soit avant les sanctions internationales imposées entre 1992 et 2003 contre le régime de Kadhafi. Mais certaines sont arrivées au cours de la période suivante, entre 2003 et 2011, et même au lendemain de la révolution, soit après le rétablissement de l’embargo. De fait, selon le rapport du Small Arms Survey, elles incluent des équipements «délivrés au gouvernement libyen internationalement reconnu en vertu d’une exemption au régime de sanctions des Nations unies».

«Ce matériel se serait de toute façon retrouvé sur le marché, explique l’un des auteurs du rapport, Nic Jenzen-Jones, le directeur d’ARES. Mais l’usage d’un réseau social comme Facebook comporte deux avantages. Il permet aux vendeurs de présenter une offre plus abondante à plus d’acheteurs potentiels que dans les lieux semi-publics où ce genre de négoce se déroule habituellement. Et il donne la possibilité d’entamer les tractations de manière plus discrète. Une fois le matériel choisi, la suite de la démarche s’opère de façon traditionnelle. Par téléphone, bien souvent, pour le marchandage des prix. Puis lors d’une rencontre, pour l’échange armes contre cash.»

L’importance de Facebook dans le commerce des armes légères est difficile à déterminer. Mais Nic Jenzen-Jones assure que son organisation a répertorié plusieurs milliers d’échanges les concernant dans le monde arabe. Le réseau social a peu réagi jusqu’ici. «Il est contraire à nos normes communautaires d’organiser des ventes privées d’armes à feu (sur notre site) et nous retirons tous les contenus du genre dès que nous apprenons leur existence», a déclaré l’un de ses porte-parole.

La question est dès lors de savoir quels moyens peuvent être mobilisés pour repérer ces tractations. Or Facebook assure compter sur ses utilisateurs pour l’alerter. Une stratégie peu convaincante pour combattre des groupes de discussion à l’affiliation sévèrement contrôlée. Il est vrai que la fermeture d’un de ces espaces ne sert pas à grand-chose. Il est si facile d’en recréer un nouveau. Alors, autant les laisser «vivre leur vie» et puiser des informations dedans…

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