Un demi-million d'immigrants illégaux entrent chaque année dans l'Union européenne, dont une grande partie par la «route des Balkans». C'est également cette voie qu'empruntent la moitié des clandestins qui atterrissent en Grande-Bretagne. Pour mettre fin à cette situation dont profitent des passeurs sans scrupule, les Quinze vont dépêcher des spécialistes pour apprendre aux services de l'immigration des pays de la région à détecter les faux passeports et les inciter à lutter contre les filières.

Une délégation emmenée par Maj-Inger Klingvall, ministre suédoise de l'Asile et de l'Immigration, dont le pays préside actuellement les Quinze, et Antonio Vitorino, commissaire européen chargé de la Justice et des Affaires intérieures, est attendue ce mardi à Belgrade, et mercredi à Sarajevo. Ils s'entretiendront avec leurs homologues albanais, bosniaque, croate, macédonien et yougoslave des moyens d'enrayer l'immigration clandestine.

La «route des Balkans» est largement utilisée par l'immigration illégale en provenance de Chine, d'Irak et d'Iran, trois des principaux pays d'origine des clandestins entrant dans l'Union. Exemptés de visa en Croatie et en Bosnie, tolérés en Serbie où les services concernés ferment l'œil (200 000 Chinois s'y cacheraient dans l'attente de poursuivre leur voyage), ils transitent par les Balkans avant de tenter leur chance vers l'eldorado ouest-européen. Si nombre d'entre eux réussissent à passer entre les mailles du filet, d'autres y laissent leur vie, à l'instar de ces 58 Chinois morts asphyxiés dans un camion à Douvres en juin dernier.

Lutter contre les passeurs

C'est précisément pour éviter la répétition de tels drames que l'Union met la pression sur les gouvernements de la région. A l'initiative de la Grande-Bretagne et de l'Italie, située en première ligne, les Quinze s'apprêtent à envoyer des officiers des douanes ou des frontières former les responsables de l'immigration de ces pays qui constitueront peut-être un jour la frontière extérieure de l'Union. Une attention particulière sera accordée à la détection de faux passeports, les efforts étant concentrés sur les points chauds comme l'aéroport de Sarajevo et les postes frontières entre la Bosnie et la Croatie.

Les responsables européens inciteront également ces pays à aligner leur politique de visas sur celle de l'Union et à lutter plus efficacement contre les passeurs. Le problème est que les responsables de ces filières bénéficient souvent grâce à la corruption de protection en hauts lieux. Des aides en espèces sonnantes et trébuchantes pour moderniser des administrations encore désuètes et la perspective d'une adhésion à terme à l'Union devraient cependant servir d'aiguillon pour inciter ces pays à se montrer plus coopératifs. Les Quinze peaufinent dans le même temps leur propre dispositif. La présidence suédoise espère faire entériner en mai un paquet de mesures prévoyant une peine de 6 ans de prison pour toute personne se rendant coupable de trafic d'êtres humains.