Médecine

Trafic d’organes: le Vatican valide le discours de Pékin

Le Saint-Siège invite des officiels chinois pour un colloque sur le trafic d’organes. Une initiative dénoncée par des spécialistes de l’éthique médicale

La participation d’officiels chinois à un colloque international sur le trafic d’organes organisé par le Vatican a provoqué une polémique entre experts en éthique médicale. Longtemps tenue comme l’un des principaux pays source d’organes pour des transplantations – pour la plupart prélevés de force sur des condamnés à mort – la Chine a vu dans cette invitation la reconnaissance de sa nouvelle crédibilité, celle d’un pays qui respecterait désormais les standards internationaux en la matière. Pour nombre de médecins et de spécialistes de la Chine, c’est au contraire une opération pour blanchir Pékin avec le consentement du pape.

Cette invitation est «un cadeau de Nouvel An pour les chirurgiens chinois de la transplantation qui sont peu à peu reconnus par leurs pairs sur le plan international», s’est réjoui Chen Jingyu, vice-directeur de l’hôpital de Wuxi, dans le sud de la Chine, cité par un journal de Pékin alors que la Chine vient d’entrer dans l’année du coq.

Lettre de protestation

Lors de cette conférence qui s’est tenue mardi et mercredi à Rome, Huang Jiefu, ancien vice-ministre chinois de la santé et chef du Comité chinois du don d’organes, a expliqué que le prélèvement d’organes sur des détenus était banni depuis 2015 «dans toutes les circonstances». Le même homme avait reconnu dix ans plus tôt que 90% des organes transplantés en Chine provenaient de condamnés à mort. L’an dernier, une étude estimait que 60 000 à 100 000 opérations de transplantations ont lieu chaque année en Chine. Pékin livre le chiffre de 28 000 «organes majeurs» prélevés en 2016 sur 10 000 donateurs.

Dans une lettre en début de semaine, onze spécialistes de l’éthique médicale interpellaient l’Académie pontificale des sciences pour émettre des doutes sur l’arrêt de cette pratique: «Nous demandons aux organisateurs de cette réunion d’étudier la situation des prisonniers détenus en Chine qui sont traités comme une banque d’organes humains à disposition.» Les signataires ont mis en garde le Vatican contre une instrumentalisation de ce colloque par la Chine à des fins de propagande afin de «redorer la réputation de son système de transplantation d’organe».

François veut aller en Chine

«Procède-t-on à des transplantations illégales d’organes en Chine? Nous ne pouvons pas le dire, a rétorqué Monseigneur Marcelo Sanchez Sorondo, chancelier de l’académie pontificale. Mais nous voulons renforcer la voie du changement.» Les représentants chinois ont ajouté qu’ils s’en remettaient aux normes de l’Organisation mondiale de la santé.

Depuis plusieurs mois, le Vatican multiplie les gestes en direction de Pékin pour établir un dialogue en vue d’un rapprochement. La Chine communiste a rompu avec le Saint-Siège en 1951. Les millions de catholiques chinois sont depuis divisés entre l’Eglise patriotique contrôlée par le pouvoir qui nomme ses propres évêques et une Eglise souterraine restée fidèle à Rome.

Le pape François ne cache pas son désir d’un rapprochement avec Pékin. Dans une interview à El Pais, publiée fin janvier, il expliquait qu’il était prêt à se rendre en Chine «aussitôt qu’il aurait reçu une invitation». Il reste toutefois de nombreux obstacles à lever avant d’envisager un tel voyage.

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