Les services de renseignement français n’écartent plus l’impensable: l’apparition, sur le territoire hexagonal, d’un terrorisme «à la libanaise», où les attentats suicides seraient un jour remplacés par le plus meurtrier des modes opératoires: le camion ou la voiture piégée, remplis d’explosifs et éventuellement activés à distance. «Il faut accepter la réalité explique une source bien informée. Chaque nouvel attentat commis en France marque une montée en puissance dans la capacité d’organisation, et dans l’efficacité djihadiste. On est passé de Mohamed Merah en mars 2012, le «loup solitaire» de Toulouse, aux attaques ciblées et, semble-t-il, coordonnées contre Charlie Hebdo puis l’Hyper Cacher en janvier 2015, pour aboutir vendredi dernier à trois équipes terroristes agissant de manière synchronisée dans plusieurs points de l’Est parisien. A l’évidence, le fonctionnement en réseau, commandité depuis l’extérieur, marche bien. Et les circuits d’approvisionnement aussi.» 

Les chiffres donnés lundi par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, suite aux nombreuses descentes de police effectuées dans la nuit dans 19 départements et plusieurs villes de l’Hexagone, confirment l’ampleur du problème. A l’issue de 168 perquisitions, 104 personnes ont été assignées à résidence – elles le resteront tant que durera l’état d’urgence décrété vendredi – et 23 individus placés en garde à vue. Trente et une armes ont été saisies, et le seul contenu d’une cache lyonnaise, au domicile des parents d’un jeune radicalisé donne le frisson: l’intéressé y cachait des brassards de police, des tenues militaires, des gilets pare-balles, une kalachnikov et un lance-roquettes.

Un tel butin, en une seule nuit d’opération, corrobore les multiples trafics d’armes de guerre démantelés ces dernières années en France, souvent en provenance des Balkans ou d’Europe de l’est, et quelquefois supervisés par d’anciens militaires français ayant participé à des opérations extérieures. Exemples? 546 armes saisies avec 30 000 cartouches, et 46 personnes déférées devant la justice en juin 2015, suite au démantèlement d’un réseau franco-luxembourgeois. Plusieurs centaines de pistolets et fusils-mitrailleurs saisis en octobre 2014, après le démantèlement de réseaux de ventes sur Internet. Quarante-cinq interpellations réalisées en décembre 2013 sur la Cote d’Azur, où étaient entreposées des centaines d’armes de guerre en provenance des Balkans et de stocks militaires français. A chaque fois, la signature présumée du grand banditisme. Mais toujours, l’ombre des liens avec les djihadistes: «Les trafiquants vendent à qui veut bien acheter, et la pègre se débarrasse ainsi des armes utilisées pour des braquages», expliquait récemment à «La Provence» un ancien policier des quartiers nord de Marseille.

Une autre affaire, étonnamment peu citée ces jours-ci, nourrit l’inquiétude des services: le vol d’explosifs et d’armes survenus en juillet à l’entrepôt militaire de Miramas (Bouches-du-Rhône): 180 détonateurs, une dizaine de pains de plastic et une quarantaine de grenades avaient disparu. Pour l’heure, peu ont été retrouvés. «Plus cette guerre contre le terrorisme va s’installer, plus le risque d’opérations spectaculaires en représailles aux frappes va s’installer», poursuit notre source.

Les services français ont aussi récemment rédigé des notes alertant sur les conséquences d’un recours aux frappes ciblées et aux exécutions extrajudiciaires, par missiles interposés. A la mi-octobre, des frappes aériennes tricolore ont semble-t-il visé un centre d’entraînement pour djihadistes en Syrie, où officierait Salim Benghalem, un instructeur de l’Etat islamique originaire de Cachan, prés de Paris. Or les récents attentats, souvent perpétrés par des fratries ou par des terroristes ayant des liens quasi familiaux, démontrent qu’une logique de clan est à l’œuvre. Le besoin d’assouvir une vengeance décuplant alors la motivation religieuse et idéologique.