France

Traité européen: l’incohérence des écologistes

Les deux ministres écologistes peuvent-ils rester au gouvernement alors que leur parti rejette le traité de discipline budgétaire? Bien sûr, répond Matignon, tandis que la droite demande leur démission. Une cacophonie qui affaiblit encore la majorité

La majorité tangue violemment en France. La question mûrissait lentement dans les esprits depuis samedi, elle est arrivée à maturité lundi et a provoqué une tempête politique: les écologistes peuvent-ils rester au gouvernement après la position prise par le parti contre la ratification du traité européen de discipline budgétaire? Ou Cécile Duflot, l’ancienne patronne d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) devenue ministre du Logement, et son collègue Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, doivent-ils démissionner? Dans un éditorial vitriolé, Le Monde a appelé François Hollande à mettre fin aux fonctions des deux membres de l’exécutif pour en finir avec «le jeu de dupes des ministres verts». Au sein de l’UMP, Christian Jacob, chef de groupe à l’Assemblée, a appelé à les débarquer, tandis que d’autres dirigeants surlignaient la faiblesse de l’exécutif et «l’incohérence» des écologistes.

A l’origine de la crise politique, le vote du conseil fédéral d’EELV samedi: 70% des militants, ainsi que certains dirigeants du parti comme son secrétaire national et Eva Joly, se sont prononcés contre la ratification du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance en Europe; ce texte signé par Nicolas Sarkozy, désormais défendu par François Hollande et le gouvernement, sera discuté au parlement dès le 2 octobre. Samedi, les militants ont également demandé aux parlementaires écologistes de refuser le traité, avant d’exprimer «le vœu que dans la préparation du budget 2013, l’objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% soit différé».

Daniel Cohn-Bendit a été le premier à mesurer l’impact de ces positions. Dénonçant «l’irresponsabilité» et «l’incohérence totale» d’EELV, l’eurodéputé a mis sa participation au mouvement «entre parenthèses». A ses yeux, les écologistes ne peuvent décemment refuser le traité, sans rejeter également la loi qui le mettra en œuvre en France, ainsi que le budget 2013, première marche vers l’équilibre des comptes en 2017. Or un parti allié du PS, membre de la majorité et du gouvernement, ne peut faire bande à part sur des sujets aussi fondamentaux.

Pour clore la polémique, Matignon a volé au secours des ministres, excluant leur départ. François Hollande, en route pour l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, est resté silencieux. Mais certains socialistes – ministres, députés ou dirigeants – se sont montrés plus loquaces et exigeants, ­alimentant l’impression de cacophonie et de flottement.

La porte-parole du gouvernement a été très ferme. Sur BFM TV, Najat Vallaud-Belkacem a demandé «à (ses) amis d’EELV de faire preuve de cohérence et d’assumer leurs responsabilités. Mon sentiment personnel, c’est que les membres du gouvernement doivent entourer le premier ministre et le président de la République.» David Assouline, le porte-parole du PS, a aussi jugé que la décision des écologistes «n’est pas cohérente avec leur engagement de soutien à l’action du président de la République pour redresser la France et réorienter l’Europe, qui sont des combats indissociables». Le sénateur n’a cependant pas été aussi loin que Martine Aubry: fin août, encore première secrétaire de plein exercice lors de l’Université d’été de La Rochelle, elle avait confié que les membres du gouvernement qui ne partageraient pas la position de François Hollande sur une décision aussi «majeure» que le traité européen devraient «en tirer les conclusions» qui s’imposent.

Signe du malaise, Cécile Duflot était absente du congrès de samedi, comme Pascal Canfin. Elle s’était contentée d’un tweet laconique samedi soir: «Méthode anti­stress: cuisiner un chili le samedi soir à 22h…» La ministre n’a pas l’intention de démissionner. Elle a fait passer le message durant l’après-midi avant de sortir du silence au journal de 20 heures de France 2: «Tant que je suis utile à la majorité, ma place est au gouvernement», a-t-elle affirmé. Cécile Duflot a insisté sur sa «solidarité» avec le gouvernement, mais s’est gardée de formuler un avis personnel sur le traité. Quant à la position d’EELV, elle balaie la question: la «responsabilité» n’interdit pas le débat, selon elle. De son côté, Pascal Canfin s’était déjà prononcé: il espère que les parlementaires écologistes s’abstiendront.

Contesté par la majorité des Verts, le Front de gauche, le Front national et l’aile gauche du PS, le traité sera adopté au parlement grâce au soutien de l’opposition de droite. De quoi affaiblir encore la majorité, alors que le chef de l’Etat continue de dévisser dans les sondages: selon le baromètre Ifop pour le Journal du Dimanche, François Hollande n’enregistre qu’un taux de 43% de satisfaction, en chute de 11 points.

Un parti allié du PS, membre de la majorité, ne peut faire bandeà part sur des sujets aussi fondamentaux

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