france

Traité européen: plaidoyer de Jean-Marc Ayrault

A l’Assemblée nationale, le premier ministre cherche à convaincre les récalcitrants de soutenir le texte sur la stabilité budgétaire. Le vote devait avoir lieu cette semaine

Exercice délicat. En une petite demi-heure mardi après-midi, à l’Assemblée nationale, le premier ministre a tenté de convaincre la majorité de soutenir le traité de discipline budgétaire européen et, par là, la politique européenne menée par François Hollande. «J’entends les doutes, certains bruyants, d’autres silencieux. Je compte parmi les hésitants quelques amis», admet Jean-Marc Ayrault, en entamant son plaidoyer à la tribune. En coulisses, Bernard Cazeneuve, le ministre des Affaires européennes, mène depuis des semaines un travail de conviction auprès des députés récalcitrants.

Liberté de vote pour les Verts

L’exécutif souhaite voir adopter le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance en Europe (TSCG) avec les seules voix de la majorité, sans devoir compter sur celles de la droite, favorable à ce texte signé par Nicolas Sarkozy. Le groupe socialiste soutiendra la ratification. Mais 13 députés au moins sur 297 devraient voter contre, et deux s’abstenir. «Cela représente moins de 5% des voix», minimise Thierry Mandon, porte-parole du groupe PS. Les radicaux de gauche voteront, eux, à une écrasante majorité en faveur du texte.

Du côté des opposants, le Front de gauche, les communistes et les Verts. Refusant l’«héritage sarkozyste», le groupe écologiste s’est prononcé hier contre le traité, mais il laissera la liberté de vote: 12 députés ont annoncé qu’ils s’opposeront à la ratification, deux s’abstiendront, un seul le soutiendra, deux hésitent encore. «Arrêtons de dramatiser cet enjeu. L’important, c’est l’avenir, pas ce texte déjà dépassé», plaident les co-chefs de groupe, Barbara Pompili et François de Rugy, parfaitement insensibles au risque d’affaiblissement du chef de l’Etat si sa majorité ne le suit pas.

Le gouvernement voit la situation sous un tout autre angle. «Sans l’Europe, nous serions isolés et faibles. Que pèseraient une France seule, une Allemagne seule, une Italie seule face aux Etats-Unis ou à la Chine?» s’interroge Jean-Marc Ayrault. Il se fait menaçant: en cas d’échec du traité, «une crise politique et l’effondrement de l’union monétaire» sont à craindre. Pour attirer les indécis et faire revenir à lui les «nonistes», le premier ministre martèle que la «réorientation du cours de la construction européenne» est en marche: «Allons-nous casser l’élan nouveau?»

Pour le chef du gouvernement, le traité est une étape indispensable à passer pour aller de l’avant, sur le pacte pour la croissance, l’approfondissement de l’union économique et monétaire, l’instauration d’un «gouvernement économique» de la zone euro, la mutualisation des dettes, le renforcement de la «légitimité démocratique» de l’Union, l’Europe sociale.

Cherchant à convaincre ceux qui craignent une perte de souveraineté en matière budgétaire, Jean-Marc Ayrault rappelle que la règle d’or d’équilibre des finances publiques ne sera pas inscrite dans la Constitution et que le traité ne dicte pas une méthode pour y parvenir. Surtout, argumente-t-il, «ce n’est pas le traité qui nous impose d’équilibrer nos comptes. C’est notre volonté de ne pas nous laisser dicter notre politique par les marchés financiers et de retrouver des marges de manœuvre».

Le premier ministre s’adresse enfin aux Verts. Il rappelle que François Hollande s’est prononcé pour la «construction d’une communauté européenne de l’énergie et d’une politique environnementale à l’échelle du continent». Jean-Marc Ayrault en appelle au «devoir» et à la «responsabilité» des députés. Ceux-ci ont encore quelques jours de débat pour se décider définitivement.

Publicité