Après huit ans d’âpres discussions et cinq jours d’intenses et difficiles négociations à Atlanta, douze États ont conclu lundi un accord «historique» de libre-échange. Appelé Partenariat transpacifique, il comprend les États-Unis, l’Australie, le Canada, Brunei, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. L’accord inclut des pays qui représentent 40% du produit intérieur brut mondial.

Pour Barack Obama, c’est une victoire qui pourrait s’inscrire en lettres d’or dans son bilan présidentiel. Le président démocrate a fait de la conclusion du TPP une priorité qui s’inscrit dans sa stratégie de rééquilibrage longtemps appelé «pivot vers l’Asie». Ces derniers jours, les pourparlers butaient sur la question de la durée des droits de propriété intellectuelle sur les médicaments biologiques ainsi que sur les importations de produits laitiers australiens et néo-zélandais. Les exportations de pièces détachées automobiles du Japon vers les États-Unis ont aussi été l’une des pierres d’achoppement. Barack Obama s’est investi personnellement au cours des derniers jours de négociations, appelant le premier ministre australien Malcolm Turnbull et d’autres chefs de gouvernement pour aider à la conclusion d’un accord qui se décline en 30 chapitres. Pour Washington, le traité supprime plus de 18 000 taxes douanières grevant les exportations américaines. C’est un accord qui reflète «les valeurs américaines», a déclaré lundi Barack Obama qui n’avait pas manifesté un tel enthousiasme à son arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2009. Confronté à une grave crise économique, le démocrate s’était désintéressé du dossier déjà ouvert sous George W. Bush avant de le reprendre en main en 2010.

Accepter la globalisation pour mieux en définir les règles

La Maison-Blanche n’a pas eu peur de nager à contre-courant. En juin dernier, elle a dû s’appuyer sur les républicains du Congrès, plus favorables historiquement au libre-échange. Une bonne partie des démocrates ont refusé, en vain, de lui accorder le pouvoir de négocier seul le TPP. La logique du président est toutefois claire: l’Asie est le continent qui va porter la croissance mondiale de demain. La Chine en est l’illustration, mais elle n’est pas la seule. Pour Barack Obama, convaincu par la nécessité d’accepter la globalisation pour mieux en définir les règles, les États-Unis affirmeront au mieux leur puissance non pas tant par le nombre de soldats déployé à l’étranger, mais par la santé de leur économie. «Quand plus de 95% de nos clients potentiels vivent au-delà de nos frontières, explique-t-il, nous ne pouvons laisser des pays comme la Chine écrire les règles de l’économie mondiale.» Pour lui, le TPP va permettre de se battre à armes égales avec des pays qui attachent moins d’importance à la protection des travailleurs que les États-Unis, lesquels sont pourtant très lâches la matière.

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Le bras de fer économique entre Pékin et Washington prend une nouvelle dimension. Le Partenariat transpacifique ne comprend ni la Corée du Sud, ni la Chine. À Pékin, on a d’ailleurs longtemps interprété le pivot vers l’Asie comme une politique de «containment» de la Chine. Multipliant les messages équivoques, l’administration démocrate n’a pas bien communiqué pour prouver le contraire. En l’occurrence, c’est la Chine qui n’a pas montré un intérêt à participer aux négociations. Elle a cependant laissé entendre qu’elle pourrait rejoindre un jour le TPP. C’est aussi ce que certains responsables de la Maison-Blanche semblent vouloir dire: un traité de libre-échange de cette envergure dans la région Asie-Pacifique doit logiquement inclure la Chine.

L’opposition n’a pas dit son dernier mot

L’opposition au TPP, va, à n’en pas douter, monter en puissance. Les syndicats, la gauche et les milieux environnementaux préparent une vive résistance pour pousser le Congrès à rejeter un traité qui, à leurs yeux, fait le jeu des multinationales. Candidat «socialiste» à la présidence, Bernie Sanders en a déjà fait un argument de campagne, jugeant l’accord «désastreux». Ces milieux ont tous à l’esprit l’accord de libre-échange conclu par Bill Clinton en 1993 avec le Mexique et le Canada (Aléna) qui aurait, selon eux, coûté à l’économie américaine quelque 700 000 emplois. L’opposition au TPP est multiforme. Des élus républicains du Congrès et des candidats à la présidentielle comme Donald Trump fustigent déjà l’accord. Pour Barack Obama, la bataille du Congrès, appelé à voter sur l’accord au début de 2016, promet d’être épique. Même la candidate à l’investiture démocrate Hillary Clinton, favorable aux négociations quand elle était secrétaire d’État, sera face à un choix cornélien. Elle devra montrer qu’elle n’est pas contre le libre-échange pour rassurer les milieux économiques. Mais elle devra aussi tenir compte de l’aile gauche du Parti démocrate émoustillée par la candidature de Bernie Sanders. Du côté des républicains, le dilemme n’est pas plus facile. Approuver le TPP, c’est attribuer à Barack Obama, leur ennemi de toujours, une victoire retentissante. S’y opposer, c’est risquer de saper leur image de parti de l’économie.