Le Traité de non-prolifération reste fragile

ONU Les 190 Etats parties au traité sont réunis jusqu’au 22 mai à New York

Les experts en désarmement s’inquiètent d’un retour en arrière

Le Traité de non-prolifération nucléaire est-il encore l’un des piliers de la sécurité internationale? Alors que les 190 Etats parties au TNP sont réunis depuis lundi jusqu’au 22 mai au siège des Nations unies à New York, le doute affleure. Voici quelques jours, des sources chinoises laissaient entendre que la Corée du Nord disposerait de 20 têtes nucléaires et qu’elle pourrait en avoir le double l’an prochain. Entretenant une relation très tendue avec Washington, la Russie bande ses muscles et modernise son arsenal nucléaire. Le Kremlin menace aussi d’installer des armes nucléaires en Crimée qu’il a annexée l’an dernier.

Secrétaire général adjoint des Nations unies, Jan Eliasson a exprimé ses inquiétudes hier à l’ouverture de la conférence de révision du traité en vigueur depuis 1970: «Entre 1990 et 2010, la communauté internationale a pris des initiatives audacieuses en direction d’un monde dénucléarisé. Il y a eu des réductions massives des arsenaux déployés.» C’est durant cette période que les anciens secrétaires d’Etat américains George Shultz et Henry Kissinger multipliaient les tribunes dans les journaux pour plaider en faveur d’un monde sans armes nucléaires. C’est aussi en 2010 qu’Américains et Russes ont conclu à Genève le nouveau Traité Start de réduction des armes stratégiques. Et puis, il y eut le fameux discours du président Barack Obama à Prague en 2009, appelant à un monde dénucléarisé.

Aujourd’hui, la dynamique n’est plus la même. Jan Eliasson s’en est fait l’écho: «Je suis très inquiet de constater qu’au cours des cinq dernières années, ces efforts se sont ensablés.» Le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, adopté pourtant en 1996, n’est toujours pas en vigueur, faute de ratifications suffisantes. Et surtout, le plan d’action ambitieux adopté par la conférence de révision du TNP en 2010 n’a pas été mis en œuvre. Il prévoyait la tenue à Helsinki, en 2012, d’une conférence consacrée à la dénucléarisation du Moyen-Orient. Elle n’a jamais eu lieu.

Présent à New York, le conseiller fédéral Didier Burkhalter, chargé du Département des affaires étrangères, regrette cette déconvenue, mais il rappelle que la Suisse continue de proposer ses bons offices. Les négociations entre l’Iran et le groupe des 5+1 sur le dossier nucléaire iranien ont eu lieu en Suisse. «Malgré cet échec, les seules propositions concrètes en faveur de l’avènement d’un Moyen-Orient sans arme nucléaire ont été faites en Suisse. Entre 2013 et 2014, il y a eu entre trois et quatre réunions discrètes, notamment à Glion sous l’égide de l’ambassadeur finlandais Jaakko Laajava.»

Dans le dossier de la non-prolifération, la Suisse a aussi été active voici plusieurs années en lançant une «initiative humanitaire» mettant l’accent sur les conséquences humaines dévastatrices de l’utilisation de l’arme atomique. Aujourd’hui, 157 pays se sont joints à l’initiative. «Il est nécessaire de réduire les dispositifs opérationnels des armes nucléaires. Plusieurs d’entre elles sont prêtes à l’emploi. Cela représente un vrai risque, renforcé par d’éventuelles cyberattaques», souligne Didier Burkhalter.

A New York, le test de la non-prolifération s’effectue quasiment en tant réel. En marge du sommet, les ministres des Affaires étrangères américain et iranien, John Kerry et Mohammad Javad Zarif, se sont rencontrés pour poursuivre leurs discussions sur l’accord-cadre de Lausanne qui doit encore être finalisé d’ici à la fin juin. Dans une tribune publiée hier sur le site du magazine Foreign Policy, John Kerry souligne qu’il importe d’empêcher l’Iran d’acquérir la bombe et de ramener Téhéran à ses obligations imposées par le Traité de non-prolifération nucléaire. A la tribune de l’ONU, Mohammad Javad Zarif ne s’est pas privé, au nom des pays non alignés dont il occupe la présidence tournante, de rappeler que les puissances nucléaires reconnues (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité) par le TNP n’ont pas respecté leurs obligations, celles de procéder à une réduction et à l’élimination de leurs arsenaux nucléaires. Ce manque d’engagement de ces puissances, estime Angela Kane, haute représentante de l’ONU pour le désarmement citée par l’AFP, suscite une frustration croissante des Etats non nucléaires qui «ont le sentiment de ne pas être pris au sérieux». Angela Kane souligne les risques d’une telle attitude «pour la crédibilité» du TNP.

Le chef de la diplomatie iranienne n’a pas oublié Israël, le seul Etat nucléaire du Moyen-Orient. Il l’a ironiquement appelé à adhérer au Traité de non-prolifération «sans précondition» et de se soumettre aux vérifications de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Il a enfin insisté sur l’article 4 du TNP garantissant le droit inaliénable d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.

Des discussions discrètes ont eu lieu à Glion en faveurd’un Moyen-Orient sans arme nucléaire