Alors que se confirmait heure après heure le ralliement d’une majorité 28 000 hommes de l’armée malgache à l’opposition, Marc Ravalomanana s’est accroché autant qu’il a pu au pouvoir.

Ainsi, dimanche, le président de Madagascar s’était déclaré prêt à organiser un référendum «si c’est nécessaire» pour sortir la grande île de l’océan Indien de l’agitation sociale et politique. Puis le lendemain, retranché dans le palais excentré d’Iavoloha pendant que l’armée investissait les bureaux de la présidence au cœur de la capitale, il aurait assuré au corps loyal des gardes présidentiels: «Je reste avec vous et si je dois mourir, je mourrai avec vous.»

Acculé par la pression exercée par l’armée, l’opposition et la défection de certaines figures politiques clés au profit de cette dernière, Marc Ravalomanana, en poste depuis 2002, a finalement opté pour l’ultime option raisonnable qui s’offrait à lui: la démission. Une source bien informée laisse entendre que les Etats-Unis lui ont offert leur protection.

Annoncée de sources diplomatiques en début d’après-midi, la nouvelle de son retrait a été confirmée après quelques flottements lors d’une allocution à la radio et par un communiqué officiel. Marc Ravalomanana y a évoqué une décision «difficile» mais nécessaire à «prendre dans l’intérêt suprême de la nation». Depuis huit semaines, la fronde à son encontre est menée et attisée par le charismatique et impétueux Andry Rajoelina, ex-maire d’Antananarivo, déchu en février. Novice en politique, l’ancien disc-jockey de 34 ans a su capitaliser sur l’exaspération d’une population dont les deux tiers vivent en dessous du seuil de pauvreté pour s’ériger en leader de l’opposition. Avec une idée fixe: évincer le président, qui a accumulé les bévues ces derniers mois, comme l’achat d’un clinquant nouveau Boeing présidentiel. D’émeutes en répressions, les manifestations ont causé une centaine de morts.

Grande confusion

Pourtant, si le retrait de Marc Ravalomanana lève un obstacle sur la voie de l’apaisement après deux mois de tensions, le démissionnaire a orchestré sa sortie sous la forme d’un casse-tête constitutionnel qui ne résout pas, dans l’immédiat, la crise. Et de fait, une grande confusion continuait de régner hier dans l’ancienne colonie française. Dans son communiqué, il a annoncé conférer les pleins pouvoirs à un «directoire militaire» commandé par le vice-amiral Hippolyte Ranaroson et tenu d’organiser les élections «qui s’imposent» dans un délai de deux ans.

Or, ce décret a immédiatement été rejeté par Andry Rajoelina, qui a déjà pris ses quartiers dans les bureaux de la présidence à Antananarivo et s’est proclamé à la tête d’une «haute autorité de transition». Le chef d’état-major de l’armée lui-même, le colonel André Andriarijaona, a refusé l’instauration d’un directoire militaire dénonçant un «nouveau coup de couteau de Marc Ravalomanana».

Tandis que Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, manifestait son inquiétude à l’égard des «développements» en cours, l’Union africaine (UA) ne dissimulait pas sa gêne. Réuni en sommet de crise en Ethiopie, son Conseil de paix et de sécurité a «constaté» la démission du président et appelé les protagonistes de la crise à un respect «scrupuleux» de la Constitution. Or selon le président de la réunion, le Burkinabé Bruno Nongoma Zidouemba, ni la transmission du pouvoir par Marc Ravalomanana à l’armée, ni son appropriation par Andry Rajoelina ne sont «constitutionnels». Preuve de son embarras, l’organisation panafricaine refuse encore de qualifier la situation à Madagascar de «coup d’Etat», un terme que n’hésitent plus à employer certains observateurs de la Grande Ile.

Dans la soirée, des informations contradictoires ont parachevé l’impression de chaos. Le site Sobika, traditionnellement bien informé, a fait savoir que le vice-amiral chargé par le président démissionnaire de mettre sur pied le «directoire militaire» avait été arrêté dans l’après-midi par la faction de l’armée favorable à Andry Rajoelina. Quelques heures plus tard, le même vice-amiral annonçait à la presse avoir transféré le pouvoir au chef de l’opposition et affirmait faire cette déclaration sans y avoir été «forcé».