Ses oscillations illustrent à elles seules la confusion politique dans lequel la fuite du président Ben Ali, vendredi passé, a expédié la Tunisie: en vingt-quatre heures, Mohammed Ghannouchi est passé du statut de premier ministre de l’autocrate déchu à celui de président par intérim avant d’être reconduit au poste de chef du gouvernement par Foued Mebazaa, le président du parlement à son tour désigné président de transition par le Conseil constitutionnel.

D’après la loi fondamentale tunisienne, des élections législatives et présidentielle doivent être organisées d’ici à soixante jours. En prêtant serment, Foued Mebazaa, un cacique de l’ancien régime, a assuré que «tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive» seraient associés à la transition. Il a chargé Ghannouchi de former un «gouvernement d’union nationale». La mise sur pied de cette équipe, qui devra gagner la confiance des Tunisiens et les emmener aux urnes sous surveillance internationale, relève du casse-tête tant la scène politique est fragmentée, entre d’un côté l’omnipotent Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Ben Ali, et de l’autre la myriade de petits partis d’opposition, autorisés ou illégaux.

Dès dimanche matin, le premier ministre a entamé avec les principaux partis politiques «légaux» et des représentants de la société civile d’intenses consultations pour former son équipe. D’après une source bien informée, une formule en trois tiers serait envisagée: un tiers des membres du futur gouvernement seraient issus du RCD, un autre tiers de l’opposition légale et un troisième tiers de la société civile.

Figure clé

Seront exclus de cette formule les responsables des partis d’opposition interdits – en attendant leur reconnaissance – jouissant pourtant d’une certaine audience: le Congrès pour la république de Moncef Marzouki (lire ci-dessus) ou Ennahda, le parti islamiste mené par Rachid Ghannouchi. Les six ou sept micropartis, qui servaient de pseudo-caution démocratique à Ben Ali, n’entrent pas non plus dans les tractations.

Nejib Chebbi, le fondateur du Parti démocratique progressiste (PDP), autorisé mais dépourvu de député, s’annonce comme une figure clé de la transition. Vieux routier de l’opposition, il est l’une des personnalités les plus plausibles, avec Moncef Marzouki, excellent orateur, pour une candidature à la présidentielle. Après hésitations, son parti a accepté de s’associer au gouvernement provisoire, dont la formation doit être dévoilée ce lundi. Un refus aurait d’entrée de jeu déconsidéré l’équipe de transition.

Reste une inconnue à dissiper: les intentions de Rachid Ammar, le chef d’état-major de l’armée de terre limogé la semaine passée pour avoir refusé de tirer sur la foule, puis rétabli dans ses fonctions. Une page Facebook propose d’en faire le président de la Tunisie.