Il est facile, vu de France, de s’interroger sur les fragilités du système politique américain, où un chef de l’Etat sortant peut choisir, contre toutes les évidences électorales, de s’accrocher à son Bureau ovale en envoyant au front des dizaines d’avocats pour attaquer quelques Etats de la fédération qu’il préside. Triste. Inquiétant. Pathétique s’il devait s’avérer qu’aucune évidence ne viendra contredire, dans les semaines à venir, les résultats des urnes devant les tribunaux. Mais vivre ce moment à Washington, loin de Paris, est aussi l’occasion de réaliser à quel point le système présidentiel français fait peser d’énormes responsabilités immédiates sur le vainqueur. Aux Etats-Unis, première puissance mondiale où chaque nouveau président change la plupart des directeurs d’administration centrale en début de mandat? Un peu plus de deux mois pour effectuer la transition, du 3 novembre à l’investiture du 20 janvier. En France? Une élection début mai et une prise de fonction… une semaine plus tard!

Abyssale différence

Ce délai américain a certains mérites. Le nouveau président-elect, élu pour la première fois sénateur en 1972 et vice-président pendant huit ans (2008-2016) n’a certes pas grand besoin d’être préparé à la tâche de dirigeant le plus puissant du monde. Biden connaît tous les recoins de la Maison-Blanche. Il maîtrise toutes les ficelles du Congrès. Mieux: le futur président démocrate dispose déjà d’une équipe, rodée à ses côtés sous les deux mandats de Barack Obama, dont les éditions Fayard publient mardi 17 novembre le premier tome des mémoires. En clair: Biden n’a pas besoin de ces deux mois. Il peut même se passer des 10 millions de dollars dédiés à cette «transition», lui qui a réussi à collecter 432 millions pour sa campagne.