Le bureau politique de l’UMP a annoncé mercredi que ses 260 000 militants désigneront leur nouveau chef lors d’un scrutin à deux tours, les 18 et 25 novembre prochains. Ces dernières semaines déjà, les échanges entre le camp l’ancien premier ministre François Fillon, qui est officiellement candidat, et celui de l’actuel secrétaire général du parti, François Copé, qui pourrait ne se déclarer qu’à la fin de l’été, ont viré à l’aigre (LT du 2.7.12). En débat notamment, la nécessité de procéder à un «inventaire» de la période Sarkozy. En publiant un livre* qui revisite sans langue de bois la dernière campagne électorale du président sortant, Roselyne Bachelot, ancienne ministre à la Santé et aux sports puis aux Solidarités et à la cohésion sociale, a tranché. Après le «virage à droite» qu’elle attribue aux «conseillers semi-occultes» de Nicolas Sarkozy (Patrick Buisson, Emmanuelle Mignon ou Claude Guéant), l’UMP est, selon elle, «au bord du Rubicon». Et une «remise à plat» est nécessaire, à laquelle elle souhaite participer, mais «de manière détachée» puisqu’elle a renoncé à tout mandat politique.

Le Temps: L’UMP doit-elle procéder à un «inventaire»?

Roselyne Bachelot: Oui, il doit concerner la période Sarkozy et même au-delà. Il doit remonter à la création du parti en 2001. L’UMP a été constitué comme un cartel et non pas comme une structure politique parfaitement au clair de son idéologie et de ses stratégies. Tant qu’on est au pouvoir, la gestion des affaires courantes et extraordinaires sert de colonne vertébrale. Mais après un échec électoral, le roi est nu. Ce travail que nous n’avons pas fait, s’impose aujourd’hui. Le temps presse: le bilan et l’analyse qui ne seront pas faits maintenant ne seront pas faits après.

– Quelles questions précises doit se poser le parti?

– Il faut d’abord définir son positionnement politique. En ce qui me concerne, c’est un grand parti politique de centre droit. Son but est d’attirer des centristes, il faut l’annoncer clairement. Et en aucun cas il ne peut y avoir une alliance ou un dialogue avec le Front national (FN): nous n’avons pas les mêmes valeurs. Deuxièmement, nous devons dire que nous sommes pour une économie sociale de marché. Là aussi, nous avons louvoyé depuis un certain temps. Il faut être clair: ce n’est pas l’économie administrée qui crée des richesses. Troisième point, à partir du moment où l’UMP se pose en parti de centre droit, il doit être farouchement européen, sans doute pas fédéraliste mais partisan d’une intégration européenne renforcée et de l’abandon de certains secteurs de souveraineté, en particulier sur le plan de la défense et de la régulation économique. Quatrième point: l’organisation des pouvoirs publics. Il faut une clarification de la décentralisation et un Etat plus déconcentré. Cinquième axe de réflexion: comment garder notre haut niveau de protection sociale? La France consacre 30% de son PIB à la protection sociale, contre 22% en moyenne dans les pays comparables en Europe. Je n’admets pas les mises en cause de la protection sociale faite par certains dans notre parti. La solidarité doit être l’un des fondements de notre famille, à la fois sur le plan éthique, mais aussi sur le plan économique. C’est une stratégie gagnante, il ne faut pas la voir comme une charge.

– S’agissant des liens avec le FN, le débat est vif au sein du parti.

– Personne dans notre famille n’a fait d’alliance avec le FN. Au-delà de ça, on a parlé de droitisation. C’est un terme simpliste derrière lequel deux analyses s’opposent. Pour les uns, si Nicolas Sarkozy n’avait pas «droitisé» son discours, il n’eut même pas été au deuxième tour. Et puis il y a ceux qui comme moi pensent qu’à cause de ce discours, il a perdu des électeurs. D’une certaine façon, le vote blanc et les résultats des législatives ont donné la réponse. Ma théorie est la bonne.

– Dans votre livre, vous attribuez la forte impopularité dont pâtissait Nicolas Sarkozy aux attaques de la gauche et de la presse. N’a-t-il pas sa part de responsabilité?

– Plusieurs phénomènes ont été à l’œuvre. Il a été victime d’attaques, le «sarko-bashing» qui ne l’ont pas laissé indemne. Il a aussi voulu dépoussiérer les institutions, parler au fil de la pensée. Mais cette liberté n’est pas possible. Il y a aussi eu l’affaire de l’Epad (ndlr: en 2009, le fils du président, Jean, avait suscité la polémique en tentant d’accéder à la présidence de l’Etablissement public pour l’aménagement de la région de la Défense). La chute de popularité de Nicolas Sarkozy vient de là. Ce fut «l’accident industriel».

– Votre favori pour diriger l’UMP?

– C’est François Fillon, à la fois sur le fond et sur la forme. Il se réclame du gaullisme social.

– Dans votre livre, vous laminez le programme de François Hollande et ne lui accordez aucune chance.

– De deux choses l’une: ou il est condamné à échouer, ou il devra se renier.

* «A feu et à sang», Flammarion.