«L'industrie bloque, nous ne sommes pas parvenus à un accord.» C'est ainsi que l'avocat allemand Michael Witti commentait jeudi la 6e séance de travail à Bonn sur l'indemnisation des travailleurs forcés sous le régime nazi. Le gouvernement allemand s'était engagé l'année passée à réunir les entreprises et les représentants des plaignants. A la rencontre d'hier ont participé le délégué du chancelier Otto Graf Lambsdorff, le secrétaire d'Etat adjoint américain aux Finances Stuart Eizenstat, ainsi que des représentants de 16 grandes entreprises allemandes, d'organisations juives et des pays des victimes.

De 1,5 à… 20 milliards

Avant la séance déjà, Wolfgang Gibowski, porte-parole de l'industrie allemande, confiait son pessimisme, expliquant que les exigences financières trop élevées des avocats américains provoqueraient un blocage. La presse allemande s'est fait l'écho de prétentions allant jusqu'à 20 milliards de dollars. Michael Witti, en charge des plaintes de nombreuses victimes, dément pourtant qu'un tel montant ait été réclamé. Du côté des entreprises, on se dit prêt à envisager des réparations d'un montant de 1,7 milliard de dollars, juste un peu plus que le 1,5 milliard payé par les banques suisses l'année passée. Les avocats voulaient également discuter de l'indemnisation des biens juifs confisqués ou rachetés à vil prix par des entreprises allemandes durant la guerre. «Longtemps, les banques et l'industrie ont refusé d'aborder cette question», explique Michael Witti.

L'industrie veut connaître le nombre précis de survivants avant de négocier le montant des indemnisations par tête. «Cela concerne environ un million et demi de personnes», explique Michael Witti. Ce chiffre approximatif ne suffit pas aux entreprises, qui désirent se protéger contre une explosion du nombre de demandes. D'autre part, l'industrie ne veut pas prendre pour modèle la somme de 10 000 DM que Volkswagen a versé à ses anciens travailleurs forcés. «Ce montant n'est pas réaliste pour certaines entreprises», estime Gibowski. Face à ce blocage, la Jewish Claims Conference, l'association qui représente les victimes juives, exige désormais que le chancelier Schröder intervienne personnellement pour faire avancer le dossier. Au printemps, l'ancien ministre à la Chancellerie Bodo Hombach avait annoncé que les premiers versements interviendraient le 1er septembre, jour où l'Allemagne a attaqué la Pologne. On sait aujourd'hui que ce délai ne sera, et de loin, pas respecté: les négociations doivent reprendre début octobre à Washington.