Sevim Basalan avait 24 ans lorsqu’elle est arrivée en Allemagne, en cette année 1969. Aujourd’hui âgée de 76 ans, elle se souvient comme si c’était hier de ce train spécialement affrété pour les «travailleurs invités» turcs et des trois jours de voyage entre Istanbul et Munich. «Je n’avais quasiment rien à manger et les toilettes à bord étaient hors d’usage», évoque cette vieille dame aux cheveux cachés par un foulard islamique. «Sur place, j’ai été choquée. Je pensais rejoindre Cologne où ma sœur et mon frère travaillaient, mais au lieu de cela, j’ai été envoyée dans un petit village près de Ravensbrück, pour travailler comme couturière. Cela a duré une année. Me retrouver seule a été difficile», avoue-t-elle avec pudeur. Un an plus tard, Sevim Basalan retrouve enfin sa famille au bord du Rhin et commence à y travailler chez le constructeur automobile américain Ford. Celle qui ne devait rester que deux ans ne quitta jamais le pays. «Je n’ai jamais pensé rentrer en Turquie», reconnaît Sevim Basalan, aujourd’hui mère de trois filles nées à Cologne.