Recevant hier la presse étrangère pour la première fois depuis son élection à la tête de l'Avoda (le Parti travailliste israélien), le maire de Haïfa, Amram Mitzna, a confirmé son intention de «faire des concessions douloureuses» s'il était amené à devenir premier ministre après les élections législatives anticipées du 28 janvier

prochain. «J'appellerai les Palestiniens à venir négocier sans conditions et ils auront tout à y gagner», a-t-il notamment déclaré. «Dans un premier temps, j'entends évacuer les colonies de la bande de Gaza dans un délai d'un an, mais également négocier un retrait de Cisjordanie. S'il n'est pas possible de trouver un accord avec l'Autorité palestinienne à ce propos, Israël se retirera unilatéralement. Cela veut dire que nous signerons un accord avec nous-mêmes au lieu de le faire avec les Palestiniens et que nous ne nous préoccuperons que de nos propres intérêts sans tenir compte des leurs.»

Arafat: «Ennemi d'Israël»

Questionné sur ses contacts éventuels avec l'Autorité palestinienne, Amram Mitzna a affirmé qu'il «n'en a pas pour le moment» et qu'il n'a pas l'intention de rencontrer Yasser Arafat avant la fin du scrutin car «ce sont les Israéliens qui doivent choisir leur leader et personne d'autre». En outre, le maire de Haïfa a formulé de violentes critiques contre le président palestinien, qu'il présente comme «le responsable de la vague de terrorisme qui touche tous les Israéliens depuis deux ans». «Arafat s'est clairement positionné comme un ennemi d'Israël car il n'a pas fait grand-chose pour empêcher les attentats, a-t-il poursuivi. Mais c'est précisément avec ses ennemis qu'il faut négocier si l'on veut faire la paix.»

Sûr de lui, apparemment convaincu de réaliser un bon score au soir du scrutin du 28 janvier prochain (les sondages créditent les travaillistes de 21 sièges au lieu de 19 depuis qu'il est devenu secrétaire général de cette formation), Amram Mitzna, qui s'exprime couramment en anglais, n'est «pas fondalement opposé à la formation d'un gouvernement d'union nationale» avec le Likoud (le parti d'Ariel Sharon, ndlr) «mais à la condition que ses partenaires sachent précisément pourquoi ils le forment».

Le leader travailliste a en tout cas surpris son auditoire en promettant que, s'il devenait premier ministre, il soutiendrait la création d'un organisme international «chargé d'aider l'Autorité palestinienne à reconstruire ses infrastructures et à préparer la création de son Etat […], car c'est dans notre intérêt comme dans celui des Palestiniens». Une position nouvelle dans l'Etat hébreu, où la plus grande partie de la classe politique a toujours rejeté l'idée d'une «ingérence étrangère» même civile.

En outre, répondant à une question précise sur le statut futur de Jérusalem, le leader travailliste a estimé que «la population israélienne n'est pas ce que l'on imagine» et qu'«elle est prête à faire des concessions en échange de la paix». Il a alors dévoilé un pan supplémentaire de son projet en déclarant «qu'il faudra également négocier l'avenir de cette ville». «Il y aura des concessions à faire et qu'elles sont difficiles à envisager pour le moment mais c'est possible. Avant d'en arriver là, je répète cependant que les Palestiniens doivent décider de venir s'asseoir à la même table que nous sans poser de conditions préalables et en montrant leur bonne volonté par des gestes concrets […] Je ne sais pas encore quelle tournure pourraient prendre ces pourparlers, mais ils finiront par avoir lieu.»