Travaillistes et toriesont oublié l’Ecosse

Royaume-Uni Période des congrès de parti

Le 18 septembre, le Royaume-Uni semblait au bord de l’implosion. Dans une fin de campagne complètement folle, l’Ecosse hésitait à faire sécession. «Ça a été la semaine la plus nerveuse de ma vie», reconnaît aujourd’hui le premier ministre David Cameron.

Deux semaines plus tard, avec le résultat du référendum clairement en faveur de l’union, la classe politique britannique semble être revenue à ses petites habitudes. La saison des congrès annuels des partis politiques bat son plein. La semaine dernière était celle des travaillistes. Cette semaine, c’est au tour des conservateurs. Mercredi, David Cameron a tenu son grand discours, marquant le lancement de huit mois de campagne électorale, avant le scrutin législatif de mai 2015.

S’il a abordé la question écossaise dès sa première phrase («Je suis tellement fier d’être ici devant vous en tant que premier ministre de quatre nations dans un même Royaume-Uni»), c’était pour mieux balayer le sujet en quelques phrases. Dans les couloirs du Palais des congrès de Birmingham, le sujet n’intéresse plus grand monde. L’ambiance à Manchester la semaine dernière, pendant la conférence du Parti travailliste, était similaire. Ed Miliband, son leader, a lui aussi évacué rapidement la question.

«Tenez vos promesses!»

Hier, le Daily Record, un tabloïd écossais, a bien publié en une un rappel à l’ordre: «Honorez votre promesse.» Il demande aux dirigeants des grands partis britanniques de tenir leur engagement de décentraliser davantage de pouvoirs, notamment des compétences fiscales. Dans le même journal, Ed Miliband et David Cameron avaient signé juste avant le référendum une promesse commune en ce sens. Mais ils ne semblent désormais plus vraiment pressés d’obtempérer, provoquant la colère des nationalistes écossais. «M. Cameron et les autres leaders de Westminster ont le devoir de tenir cette promesse», estime Angus Robertson, un des ténors du Scottish National Party (SNP).

A la place de l’Ecosse, David Cameron et Ed Miliband sont revenus sur leurs thèmes traditionnels. Le chef du gouvernement conservateur promet de continuer sa politique d’austérité: «Les cinq prochaines années doivent nous permettre de terminer le boulot.» Sous-entendu, continuer l’austérité. Il reste en effet du chemin à parcourir: le déficit public atteint 6% du PIB, et il a été réduit deux fois moins vite que prévu initialement lors de son élection en 2010. Mais la croissance est désormais de retour, à 3% environ cette année.

Boomerang

En face, Ed Miliband préfère évoquer la «crise du coût de la vie». Les Britanniques ont vu leur pouvoir d’achat se réduire fortement ces dernières années, et si l’emploi progresse, il devient de plus en plus précaire. Il propose aussi des coupes budgétaires, mais de moindre ampleur.

Politiquement, les deux dirigeants politiques pourraient cependant avoir tort d’ignorer l’Ecosse. Actuellement, les sondages les donnent au coude-à-coude, avec un léger avantage aux travaillistes. Selon toute probabilité, aucun n’arrivera à remporter une majorité absolue. Il leur faudra donc monter une coalition. Or, le troisième parti britannique, les libéraux-démocrates, sont en très mauvaise posture, et pourraient perdre la moitié de leurs sièges.

On évoque une curieuse possibilité: les indépendantistes du SNP, qui ont le vent en poupe, pourraient se retrouver en faiseurs de roi à Downing Street. Selon Peter Kellner, président de l’institut de sondage YouGov, ils pourraient remporter jusqu’à un maximum de 26 sièges de parlementaire. Dans le cadre d’une élection très serrée, cela pourrait faire juste la différence. De quoi faire regretter à David Cameron ou Ed Miliband de ne pas avoir fait plus d’efforts après le référendum…