Etats-Unis

Treize Russes inculpés pour ingérence dans l’élection présidentielle américaine

Selon l’acte d’accusation, un proche de Vladimir Poutine a financé un groupe ayant «pour objectif stratégique de semer la discorde dans le système politique américain et de saper la confiance du public en la démocratie»

L’enquête sur l'«affaire russe» du procureur spécial Robert Mueller avance à grands pas. La justice américaine vient d’inculper 13 Russes et trois entités russes pour ingérence dans les élections et le processus politique américain, précise un communiqué diffusé vendredi après-midi par le Département de la Justice. Ce nouvel épisode intervient pendant la même semaine où le controversé Stephen Bannon, ex-conseiller stratégique du président des Etats-Unis, a été auditionné sur la possible collusion entre Moscou et des proches de Donald Trump pour le faire élire. Moscou a vivement réagi, en qualifiant ces inculpations d'«absurde».

«Treize personnes se sont ingérées dans les élections américaines? Treize contre les budgets de plusieurs milliards de dollars des forces spéciales? Contre l’espionnage et le contre-espionnage, contre les technologies les plus récentes?», a écrit la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova sur Facebook. «Est-ce absurde? Oui. Mais c’est la réalité politique américaine moderne», a-t-elle ajouté.

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Identités volées ou fictives

Les inculpés sont tous accusés de complot envers les Etats-Unis. Trois le sont également pour fraude bancaire et cinq autres pour vol aggravé d’identité, précise le communiqué. Selon l’acte d’accusation, Evgueni Viktorivich Prighozine, un allié du président russe Vladimir Poutine, a financé le groupe de douze conspirateurs avec pour objectif de «semer la discorde dans le système politique américain et de saper la confiance du public en la démocratie». Il aurait contacté «à leur insu» des membres de l’équipe de Donald Trump.

«A leur insu»? Ces termes sont capitaux. Le communiqué confirme l’ingérence de Moscou dans l’élection présidentielle américaine, mais il reste très prudent quant au rôle des proches de Donald Trump. Les douze inculpés travaillaient pour une compagnie basée à Saint-Pétersbourg active dans la recherche sur internet. Ils officiaient comme hackers et ont multiplié la création de profils sur des réseaux sociaux en masquant leurs origines russes et faisant croire que ces profils étaient gérés par des Américains. Ils avaient recours à des identités volées ou fictives et ont recruté des Américains pour leurs activités politiques. Ces derniers assurent ne pas savoir qu’ils travaillaient pour des Russes.

Menaces sur les prochaines élections?

Après l’élection, les inculpés ont à la fois organisé des manifestations pour soutenir le président élu, et d’autres pour le contester. Toujours selon le communiqué, ce complot vis-à-vis des Etats-Unis s’inscrit dans le cadre d’une opération plus large, connue sous le nom de «Projet Lakhta», qui visaient également d’autres pays. Rod Rosenstein, le numéro deux du ministère américain de la Justice, précise qu’il n’y a toujours aucune preuve d’un impact concret de l’ingérence russe sur le résultat de l’élection présidentielle de 2016.

Cette annonce intervient alors que le chef du renseignement Dan Coats n’a pas caché sa crainte que ces menaces russes pèsent à nouveau sur les prochaines élections, à savoir celles de mi-mandat, en novembre. Il l’a déclaré mardi, lors d’une audition devant la Commission du renseignement du Sénat. «Au sein de la communauté (du renseignement), nous n’avons pas vu de preuve de changement significatif de la part des Russes», a-t-il expliqué. «Il ne devrait y avoir aucun doute sur le fait que la Russie estime que ses efforts ont porté leurs fruits et considère les élections de mi-mandat en 2018 comme une cible pour des opérations d’influences russes». Il a ajouté: «Nous nous attendons à ce que la Russie continue à utiliser la propagande, les réseaux sociaux, les hommes de paille, les porte-parole favorables et d’autres moyens pour monter une grande variété d’opérations destinées à attiser les divisions sociales et politiques aux Etats-Unis». Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, est du même avis.

Ex-directeur de campagne inculpé

Trois membres de l’équipe de campagne de Donald Trump ont déjà été mis en accusation, le 30 octobre dernier. Il s’agit de Paul Manafort, son ex-directeur de campagne, de son associé Richard Gates, et de George Papadopoulos, en charge alors des questions de politique étrangère. Le 1er décembre, c’est Michael Flynn, l’ancien conseiller à la sécurité nationale du président, qui a à son tour été inculpé. Il a reconnu avoir menti au FBI et a accepté de coopérer avec la justice.

L’affaire a été déclenchée en décembre 2016, lorsque le Washington Post dévoilait un rapport de la CIA affirmant que l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine avait pour but de faire élire Donald Trump. Ce dernier dément toujours catégoriquement toute collusion.

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