Jubilation chez les Verts et chez les Electeurs libres; triste mine dans les rangs de la CSU et du SPD… Le parti chrétien-social, allié à la CDU d’Angela Merkel, a subi dimanche une défaite historique en Bavière, avec un score de 35,3% des voix (12,4 points de moins qu’aux précédentes élections de 2013), perdant la majorité absolue avec laquelle il gouvernait la région pratiquement sans interruption depuis les années 50.
Le parti conservera les rênes à Munich, mais il lui faudra trouver un partenaire de coalition. Pour un parti noyautant la quasi-totalité des postes décisionnels dans la région – de l’administration aux entreprises en passant par les principales associations – le résultat de dimanche équivaut à un tremblement de terre.

Les Verts vainqueurs

Au vu des sondages de sortie des urnes, vers 18h, deux options sont possibles: une alliance avec les Electeurs libres (stables par rapport à 2013 à 11,5% des voix), un parti régional idéologiquement proche de la CSU notamment sur les questions migratoires, ou avec les Verts – véritables vainqueurs du scrutin – qui ont doublé leur score à 18,5% mais pourraient être tentés de négocier au prix fort leur participation au pouvoir. Les Electeurs libres, mouvement lancé par des déçus de la CSU, jouent traditionnellement un rôle important dans la politique communale dans la région, notamment dans les zones rurales.

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«Bien sûr ce n’est pas un jour facile, nous n’avons pas obtenu un bon résultat», concédait dimanche soir Markus Söder, le ministre-président du Land, repoussant au début de la semaine «l’analyse indispensable des causes» de cette défaite et promettant «un gouvernement stable pour la région». Autre mauvaise nouvelle pour la chancelière, son deuxième partenaire de coalition à Berlin, le Parti social-démocrate, est laminé, perdant la moitié de ses électeurs à 10% des voix.

Les vainqueurs du scrutin, outre les Verts, sont le parti d’extrême droite AfD qui est désormais représenté dans 15 des 16 parlements régionaux, mais a réalisé un score moins élevé qu’escompté avec 11% des voix. La direction du parti espérait franchir la barre des 15%.

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«La CSU paie le prix de ses volte-face»

La CSU paie le prix de ses attaques répétées contre la chancelière sur la question des réfugiés. Talonnée sur sa droite par l’AfD, la direction du parti s’était lancée dans une surenchère sur le débat migratoire, sans parvenir à conserver les franges les plus conservatrices de son électorat, mais faisant fuir vers les Verts les conservateurs modérés. «La CSU paie aussi le prix de ses volte-face, estime la politologue Ursula Münch, de l’Université de la Bundeswehr à Munich. Le chef du parti Horst Seehofer avait annoncé vouloir démissionner de son poste de ministre de l’Intérieur, avant de revenir sur sa décision… Tout cela a entamé la crédibilité du parti. C’est d’autant plus grave que la CSU n’existe qu’au niveau régional. Si elle subit une défaite à Munich, elle cesse d’exister à Berlin.» Sa mainmise sur la Bavière, l’un des Länder les plus riches et les plus peuplés d’Allemagne, a permis au parti conservateur d’obtenir pendant des décennies des postes ministériels de première importance.

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Au-delà des frontières régionales, le scrutin est un double désaveu tant pour la coalition au pouvoir à Berlin que pour Angela Merkel. Le chef du parti – le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer – ainsi que le ministre-président du Land, Markus Söder, au pouvoir depuis huit mois à Munich, devront rendre des comptes à leur base.

Querelles de personnes

Les querelles de personnes qui ont opposé les deux hommes au cours des derniers mois autour du pouvoir à Munich et à Berlin sont largement responsables de la défaite de dimanche. «Les directions de la CDU et du SPD vont chercher à éviter à tout prix d’être éclaboussées par les répercussions des querelles de personnes à la tête de la CSU», avertit le quotidien berlinois Tagesspiegel. «La grande coalition au pouvoir à Berlin ne va pas devenir plus stable», juge le quotidien des affaires Handelsblatt. La cheffe du SPD, Andrea Nahles, a déjà menacé, à plusieurs reprises, de quitter le gouvernement.

L’avis de tempête est en effet prévu pour durer. Dans deux semaines, ce sont les électeurs de Hesse à l’ouest du pays qui sont appelés aux urnes. Une défaite à Francfort le 28 octobre du chef du Land, le chrétien-démocrate Volker Bouffier, un proche d’Angela Merkel, achèverait de faire vaciller l’autorité de la chancelière, alors qu’elle doit affronter en décembre un vote de militants pour être reconduite à la tête de son parti. «Ces deux scrutins affecteront la politique nationale et en conséquence la réputation de la chancelière», a prévenu le président du Bundestag, le vieux routier de la politique Wolfgang Schäuble.

Les éditorialistes allemands rappellent depuis des semaines à l’envi que c’est dans un contexte similaire de fin de règne et alors qu’il perdait scrutin régional sur scrutin régional qu’Angela Merkel avait réalisé le putsch qui lui avait permis de succéder à Helmut Kohl. Dans l’opinion, le désamour des Allemands pour leur gouvernement ne cesse de croître. Le baromètre national, publié dimanche par le quotidien populaire Bild Zeitung crédite le couple CDU-CSU d’un petit 26% tandis que le SPD stagne à 17%, au même niveau que les Verts, qui ont le vent en poupe, et juste devant l’AfD (15%).