1991-2021: que reste-t-il de l’URSS? Censure des médias, impossible opposition politique, amnésie historique: plongée en trois temps dans une Russie où le passé n’est pas complètement passé.

Une file se plaque contre le mur pour échapper au vent mordant de décembre, sous l’enseigne décatie «Gastronom», s’étire, et disparaît au coin de la rue. L’attente est longue, deux heures au moins. Dans cette épicerie d’un quartier résidentiel de Moscou, ce jour-là, on vend du sucre. Un kilo par personne. On est venu en famille, pour démultiplier la prise. Les enfants jouent à chat – dérapages et glissades sur le carrelage sali par la boue apportée du dehors – entre les rayons et étals complètement vides depuis des mois, recouverts de poussière. Un seul produit comestible en vue sur les comptoirs, des pyramides de conserves de lait concentré, ce passage obligé de toute enfance soviétique. C’était il y a trente ans.