Revue de presse

La très embarrassante Grace Mugabe, épouse du président zimbabwéen

Le Ministère sud-africain des affaires étrangères a annoncé avoir accordé l’immunité diplomatique à la première dame du pays, qui est poursuivie pour agression en Afrique du Sud et est rentrée précipitamment dimanche matin à Harare

Mais que s’est-il exactement passé à Johannesburg le 13 août dernier avec la secrétaire et épouse du très contesté président de la République du Zimbabwe, Robert Mugabe, de quarante et un ans son aîné, aux postes clés de l’Etat depuis 1980 et le plus âgé des chefs d’Etat du monde en exercice, du haut de ses 93 ans? Sans doute le saura-t-on jamais, puisque ce n’est plus un secret pour personne, à Harare, qu’elle est la candidate potentielle favorite à la succession de son mari, même si son époux vieillard compte se représenter à l’élection présidentielle de 2018.

Une affaire qui passe très mal

De fait, explique Le Monde, elle «est sous le coup d’une plainte pour coups et blessures contre un mannequin». Il s’agit de «Gabriella Engels, 20 ans, [qui] affirme avoir été agressée violemment, avec un câble et une prise» électriques dans un hôtel d’un quartier huppé de la cité sud-africaine, en présence des deux fils Mugabe. Et de préciser que les autorités zimbabwéennes – vraisemblablement manipulées par le couple présidentiel – ont donc «demandé, mercredi à Pretoria, l’immunité diplomatique pour Grace Mugabe, un privilège qui lui a finalement été accordé».

Seulement voilà, cette affaire passe très mal aux yeux d’AfriForum, notamment, «l’ONG sud-africaine de droits civiques qui défend Gabriella Engels» et dénonce non seulement ce départ «en secret» de la première dame du forum que tenaient ces derniers jours les chefs d’Etat d’Afrique australe; mais plus généralement la «culture de l’impunité» de la part de «dirigeants corrompus qui se protègent mutuellement». Tout indique d’ailleurs, selon le Sunday Times zimbabwéen, que le couple s’est enfui de Johannesburg avant que la justice puisse se mettre en branle.

Mais cette ONG entend désormais la saisir, cette justice, pour obtenir une annulation de l’immunité «usurpée». Ce qui réjouit la principale formation d’opposition au régime dictatorial de Mugabe, le Mouvement pour le changement démocratique. Celui-ci parle d'«une voleuse» et d'«une femme violente». Et elle est accusée de comportement «embarrassant, honteux et déshonorant» aux yeux du NewsDay, le quotidien indépendant de Harare qu’a lu et traduit Courrier international la semaine dernière. Jouant sur les mots, il qualifie Grace de «disgraceful» et la rebaptise «Fist Lady» («femme de poigne»).

Bref, tout cela a viré «au casse-tête diplomatique pour les autorités sud-africaines, qui entretiennent de bonnes relations avec leur voisin zimbabwéen». Et à l’interne, on parle déjà «de preuve que le président ne contrôle plus sa famille»: «Comment pourrions-nous confier le sort de toute une nation à un homme qui n’est même pas capable de gérer» ses proches? s’interroge le journal.

Il faut dire aussi que Grace Mugabe n’en est pas à ses premières frasques: «Régulièrement critiquée par les Zimbabwéens pour son goût du luxe, la deuxième femme du président […] avait mis en avant son statut il y a quelques semaines pour éviter des sanctions après avoir détruit le matériel de journalistes à Singapour.» Et «en 2009, elle avait aussi frappé un journaliste à Hongkong». Sur Facebook, elle est d’ailleurs très régulièrement vilipendée, on la dit «pire» que son mari, tout de même assez desservi par son grand âge. Et elle déteste cordialement la presse.

Un revers pour la justice sud-africaine

Au-delà du fait divers, ces événements «rappellent l’exfiltration du président soudanais Omar el-Béchir lors d’un sommet de l’UA en juin 2015». Pour celui-ci, alors qu'«un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI)» avait été prononcé, le gouvernement sud-africain avait aussi «invoqué l’immunité diplomatique», se souvient Radio France internationale: «Le départ de Grace Mugabe est un nouveau revers pour la justice en Afrique du Sud» qui, «malgré une plainte et des déclarations très fermes du ministre de la Police, malgré la pression des médias et de l’opinion publique, […] a pu quitter le territoire sud-africain et rejoindre Harare sans être inquiétée».

Lire aussi: La Cour pénale internationale demande à l’Afrique du Sud d’arrêter Omar el-Béchir (14.06.2015)

Pourtant, les experts s’accordent à dire que la première dame aurait bien «du mal à faire valoir son immunité diplomatique», puisque «l’incident est survenu bien avant le début de la réunion des chefs d’Etat». Il semblerait que la première dame se soit rendue à Johannesburg quelques jours avant ses «obligations» politiques pour raisons médicales et que son altercation avec le mannequin relève ainsi de sa vie privée.

La suite ne sera pas simple, puisque «après avoir été condamnée plusieurs fois en justice» dans l’affaire el-Béchir, l’Afrique du Sud a des relations très houleuses avec la CPI.

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