Nicolas Sarkozy avait fait venir MAM au Quai d’Orsay pour succéder à un ministre qu’on disait brouillon et trop peu sérieux, Bernard Kouchner. Mais c’est pourtant bien son successeur qui attire le feu médiatique.

Des déclarations maladroites, des omissions volontaires, et une grande impression de cafouillage: le week-end n’a pas été de tout repos pour la ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, embourbée dans une polémique de plus en plus envahissante sur ses vacances en Tunisie à Noël. Avec son compagnon, Patrick Ollier, lui aussi ministre, la cheffe de la diplomatie française a en effet emprunté par deux fois le jet privé d’un richissime homme d’affaires tunisien, supposé proche du régime, Aziz Miled, en pleine révolution du jasmin. Un manque total de discernement, selon l’opposition socialiste, qui souligne qu’il est pour le moins très maladroit pour un ministre incarnant la politique extérieure d’un pays de s’afficher en compagnie de soutiens d’un régime contesté, de plus en pleine période de bouleversement politique, donnant ainsi l’impression d’une connivence malvenue.

Mais MAM n’a pas seulement failli en matière de bienséance politique, elle s’est surtout enferrée dans le non-dit et la dissimulation, transformant une vraie maladresse en sujet de polémique plus embarrassant, et provoquant l’incompréhension jusque dans les rangs de la majorité. Car après avoir reconnu qu’elle avait en effet emprunté une fois le jet privé de son vieil ami l’homme d’affaires, elle a dû avouer samedi matin qu’elle avait pris une deuxième fois ce fameux avion, ce qu’elle n’avait pas immédiatement reconnu. Délit d’omission, gronde l’opposition, qui demande la démission de la ministre peu scrupuleuse. Et MAM de se défendre maladroitement en expliquant que lorsqu’elle est en vacances, elle n’est pas ministre des Affaires étrangères… Nouveau tollé à gauche, et aussi à droite, mais moins sonore, solidarité politique oblige.

L’affaire enflant, changement de cap de la ministre ce lundi dans «Le Parisien»: MAM affirme désormais comprendre que son voyage ait pu choquer. Elle donne le détail de ses excursions, entre le 26 décembre et le 1er janvier, et explique que personne au Quai d’Orsay n’avait anticipé la gravité des événements politiques lors de ses vacances – selon elle, seules deux régions connaissaient des émeutes lors de son séjour. Elle reconnaît «que des gens ont été choqués» et dit qu’elle saura en tirer la leçon: «Si on me le proposait à nouveau, je n’accepterais évidemment pas.» Dans un entretien ce week-end, elle avait même déclaré en forme de plaisanterie qu’elle hésiterait désormais à quitter la Dordogne…

Mais ce matin MAM passe aussi à l’attaque: «Chacun connaît mon éthique et ma rigueur. Moi, je me refuse à mettre en accusation les responsables politiques de gauche qui ont pris régulièrement des vacances en Tunisie pendant que M. Ben Ali était président.» De nombreux socialistes y vont très régulièrement, comme Bertrand Delanoë, le maire de Paris, qui est né en Tunisie lorsque le pays faisait encore partie de l’empire colonial français, ou Ségolène Royal, qui est allée plusieurs fois à Djerba. MAM oublie de dire qu’ils ne représentaient pas la France lors de ces séjours. On pourrait aussi faire la liste des personnalités de droite qui ont très régulièrement fréquenté la Tunisie de Ben Ali – à commencer par l’actuel ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, collègue de MAM, qui a même la double nationalité… Il est certain que les amitiés franco-tunisiennes vont encore alimenter la chronique dans les mois qui arrivent.

C’est la réaction de l’Elysée qui se fait désormais attendre, qu’en pense le président, continue-t-il de soutenir sa fidèle alliée ou la polémique devient-elle trop envahissante? Nicolas Sarkozy évoquera très probablement le sujet jeudi lors de son débat avec des Français à la télévision. D’ici là, MAM doit tenir bon.