Russie

Le Trésor américain publie une liste d’oligarques liés à Poutine – et à la Suisse

Washington désigne comme «adversaires de l'Amérique» l'ensemble de l'élite politique et économique russe. Parmi les oligarques listés, plusieurs résidents ou ex-résidents helvètes comme Dmitri Rybolovlev, Guennadi Timtchenko ou Viktor Vekselberg

Plusieurs oligarques russes ayant des liens d’affaires étroits avec la Suisse figurent sur une liste publiée lundi soir par le Trésor américain dans le cadre d’une loi ciblant les «adversaires de l’Amérique».

La liste ne comprend pas de sanctions et n’implique pas que les individus concernés soient impliqués dans des «activités néfastes», précise le Trésor dans la liste publiée par l’agence AP. Le document est simplement un moyen de mettre sous pression l’entourage de Vladimir Poutine en désignant les membres de l’élite russe les plus proches du Kremlin, estimaient les premières analyses publiées dans la nuit.

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Dmitri Rybolovlev sur la liste

Parmi les oligarques ciblés, on trouve Dmitri Rybolovlev, roi de la potasse et ancien résident genevois impliqué dans un procès retentissant contre le marchand d’art Yves Bouvier. Ou Suleyman Kerimov, investisseur et financier, aujourd’hui retenu sur la Côte d'Azur dans une affaire de fraude fiscale, dont la fondation familiale est gérée depuis Lucerne. Ou encore Guennadi Timtchenko, ancien résident genevois et ancien copropriétaire du trader pétrolier Gunvor, basé à Genève. Viktor Vekselberg ou Oleg Deripaska, bien implantés en Suisse alémanique où le premier est un investisseur industriel majeur (Oerlikon, Sulzer, Schmolz + Bickenbach), figurent aussi sur la liste qui compte 96 oligarques possédant au moins 1 milliard de dollars.

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L'impact de la liste sur les personnes qu'elle cite reste difficile à mesurer. «Ces personnes peuvent être considérées comme toxiques, relève Alan Kartachkine, du cabinet Debevoise & Plimpton à Moscou, cité par le quotidien économique russe Vedomosti et Le Monde. Même si les sanctions ne les menacent pas immédiatement, une attention particulière leur sera portée, ainsi qu'à leurs familles et à leurs relations d'affaires. Les problèmes peuvent commencer à l'ouverture de comptes, ou lors de transactions.» Seule la présidente de la Banque centrale de Russie, Elvira Nabioullina, semble épargnée.

En publiant cette liste, le Trésor obéit à une demande du Congrès, qui souhaitait identifier officiellement les principales figures du pouvoir russe. Selon le Financial Times, une version classifiée de la liste précise quel est le degré de proximité entre les oligarques cités et le Kremlin.

La liste compte plus de 200 noms, dont 114 officiels et 96 hommes d'affaires. Cette liste de sept pages, qui ne déclenche pas l'imposition de sanctions immédiates, comprend notamment le Premier ministre Dmitri Medvedev, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov et de hauts responsables des services de renseignements russes.

Punir la Russie

On y trouve également des dirigeants de grandes entreprises publiques, comme le géant de l'énergie Rosneft, le groupe gazier Gazprom et les deux plus grandes banques du pays, la Sberbank et VTB.

Le Trésor américain avait jusqu'à lundi minuit pour publier cette liste, conformément à une loi visant à punir la Russie notamment pour son attitude en Ukraine. Le Congrès a voté ce texte à la quasi-unanimité l'an dernier, malgré l'opposition de Donald Trump, soucieux alors de ménager Moscou. Le président américain l'a finalement promulguée, non sans la critiquer.

Tout le monde attend désormais la réaction de Vladimir Poutine à la liste. Pour l’instant, seule une poignée de «faucons» russes ont réagi. «L'inclusion dans cette liste de sanctions virtuelles de toute l'élite dirigeante de notre pays signifie que nos relations (avec Washington) sont véritablement en train de se rompre», a jugé Vladimir Djabarov, vice-president du Comité des affaires étrangères du Conseil de la Fédération, la chambre haute du parlement russe. Aucun des oligarques cités n’a réagi pour l’instant.

Collaboration: Emmanuel Grynszpan


Le Kremlin veut d'abord «analyser» la liste américaine

Le Kremlin a réagi mardi avec prudence à la publication par Washington de la  liste des proches de Poutine susceptibles d'être sanctionnés.

«Nous devons d'abord analyser (la liste), cette publication est sans précédent», a déclaré lors d'un point-presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. «Ce n'est pas le premier jour où nous subissons des manifestations d'agressivité à notre encontre, c'est pourquoi il ne faut pas céder aux émotions, nous devons d'abord tout comprendre et ensuite formuler notre position», a-t-il affirmé.

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