Le général Pinochet, paraît-il, est déprimé. Pourtant, comme tous ses compatriotes, il aura bénéficié d'une semaine complète pour se préparer à l'inéluctable couperet: la levée de son immunité, décidée mardi dernier par une Cour suprême ayant estimé nécessaire de taire sa décision pour permettre justement à un pays toujours divisé de digérer ce que le monde entier jugeait impensable, après les couardises britanniques: qu'Augusto Pinochet, ce descendant d'immigrés bretons débarqués de Saint-Malo au Chili au XVIIIe siècle, soit jugé dans son propre pays.

La décision de la Cour suprême est sans appel, ce qui devrait mettre fin à cette interminable succession de chauds-froids juridiques, à ces visions plutôt grotesques et douloureuses des partisans et des adversaires du dictateur se congratulant tour à tour, hurlant leur peine ou leur allégresse. D'autant plus sans appel qu'il ne s'est pas trouvé plus de 6 juges sur 20 pour voter en faveur du maintien de l'immunité, ce qui paraît hautement remarquable dans un contexte où les pressions – essentiellement militaires – pesaient d'un poids considérable sur la tête des juges. Au point que le président Lagos avait multiplié ces dernières semaines les cajoleries à l'égard de l'armée.

Le Chili aura, par cette décision, ouvert une brèche dans le cliché mondialiste et néolibéral qui voudrait que seule une instance supranationale – genre ONU, communauté européenne, machine de guerre yankee – puisse faire preuve d'équité. Eh bien non, il faudra se rappeler que seul le peuple chilien aura eu le courage de convoquer le Breton Pinochet devant un tribunal.