«Est-il permis à une musulmane d'emmener son fils en commettant un attentat-suicide?» En avril, la question, posée via un site de discussions entre femmes musulmanes, a aussitôt fait bondir les services de sécurité allemands, qui surveillent discrètement les forums sur Internet. Des attentats planifiés par des prosélytes européens, c'est l'une des pires craintes des autorités allemandes. Et dans ce cas, comme dans celui de la Belge Muriel Degauque, première convertie à se faire exploser en Irak, il s'agit de femmes d'âge mûr, que l'on pourrait supposer moins promptes à s'enflammer pour le djihad.

Les preuves manquent

La police a en effet réussi à identifier l'auteur du message anonyme, une femme de 40 ans, Sonja B., une Allemande convertie à l'islam, habitant le quartier populaire de Neukölln, à l'est de Berlin, et mère d'un petit garçon de 1 an. Elle était en contact avec deux autres Allemandes qui ont opté pour l'islam, habitant le sud de l'Allemagne, et qui envisageaient elles aussi de se rendre en Irak et au Pakistan pour devenir des bombes humaines. Mais les enquêteurs restent discrets sur le sort de ces deux contacts.

Sonja n'a pas été arrêtée, mais placée durant plusieurs semaines dans une clinique psychiatrique pour y être soignée. Aujourd'hui, elle est libre et vit toujours dans son deux-pièces, au premier étage d'un immeuble du nord de Neukölln. Mariée à un musulman, elle vit séparée de lui. Pour des raisons de sécurité, car on craint toujours qu'elle mette son plan à exécution, son petit garçon a été provisoirement placé dans une famille d'accueil sur décision de l'Office de l'enfance. Même si la police affirme détenir assez d'indications sur les intentions des trois femmes, notamment sur leur voyage, il lui est difficile de prouver matériellement les préparatifs d'un attentat.

Sonja aurait déclaré au cours de son interrogatoire vouloir «gagner ainsi son entrée au paradis». La police, qui continue à la surveiller, examine actuellement tous les indices trouvés dans son appartement, et notamment les données de son ordinateur et de son téléphone. Selon le quotidien berlinois Tagesspiegel, l'une des trois femmes au moins aurait été en contact avec un groupuscule allemand proche du groupe islamique Ansar al-Islam, qui a revendiqué de nombreux attentats en Irak. Un des membres de ce groupe, accusé de collecter des fonds et de chercher à recruter en Europe des étrangers pour des attentats-suicides, a été condamné en janvier par un tribunal de Munich à 7 ans de prison.

Pour les spécialistes de l'islam, il n'est pas étonnant de trouver toujours plus d'intégristes chez les nouveaux convertis. «Car ils doivent travailler complètement sur eux-mêmes pour renforcer leur foi», dit Mohammed Herzog, président de la communauté des musulmans de langue allemande. Ce qui ne signifie pas qu'ils soient disposés pour autant à la violence puisque l'islam se veut avant tout religion de paix.

Double phénomène

Mais pour le sénateur de Berlin Ehrhardt Körting, chargé de la sécurité, il existe un double phénomène: d'une part le complexe de minorité qui pousse les néophytes à se transformer en zélateurs, d'autre part le fait que les femmes d'éducation occidentale converties pensent, plus facilement que les musulmanes de naissance, pouvoir accéder à l'égalité avec les hommes en se transformant en combattantes. Le nombre de conversions à l'islam a nettement augmenté ces dernières années en Allemagne, de 300 par an dans les années1990, on est passé à plus de mille, dont environ 60% de femmes, généralement diplômées d'une université.