Des blessés et des cadavres par dizaines baignant dans leur sang sur le trottoir au milieu des échoppes défoncées: la voiture piégée remplie de ferraille qui explosé samedi en plein marché de Mineralnié Vodi (Caucase) aura été la plus meurtrière des trois actions terroristes qui ont endeuillé la région le même jour – deux policiers tués par l'explosion d'une voiture, plus une troisième bombe faisant 12 blessés près de Stavropol. En tout, 24 victimes, – dont trois enfants – et environ 150 blessés, dont 42 dans un état grave.

Le président Vladimir Poutine dépêchait, samedi, sur place le chef des services secrets, Nikolaï Patruchev, ainsi que le procureur général Vladimir Oustinov. Et hier, le président du Conseil de sécurité, Sergueï Ivanov, désignait officiellement les coupables: les rebelles de la Tchétchénie voisine, bien sûr, pour «nuire aux efforts de Moscou de restaurer l'ordre et la paix dans la région. C'était prévisible: la politique claire du pouvoir central allait inciter les rebelles à changer de tactique et à revenir aux attentats terroristes.» Le procureur général Vladimir Oustinov est allé encore plus loin, puisqu'il a nommément cité la responsabilité de Khattab, le terroriste jordanien qui est aussi l'un des principaux dirigeants de la guérilla tchétchène. Quant au maire de Mineralnié Vodi, Mikhaïl Tchoukarine, il n'a eu que ce commentaire: «Nous devons enterrer 22 victimes innocentes. Je ne peux pas penser à autre chose.»

Dimanche, les gens venaient déposer fleurs et bougies sur les lieux de l'attentat, tandis qu'à côté on réparait les vitres brisées des bâtiments et que les premiers enterrements commençaient. Puis on apprenait que les deux voitures utilisées avaient été achetées quelques jours plus tôt près de Stavropol. Avant d'être abandonnées samedi avec les bombes à l'intérieur. Les documents des véhicules n'avaient pas été régularisés, ont expliqué les vendeurs. Les acheteurs, des amis, avaient promis de le faire.

Guerre prétendument gagnée

Des portraits robots des auteurs présumés des tueries ont été réalisés et distribués dans toutes les rues de Mineralnié Vodi et naturellement diffusés sur les chaînes de télévisions. Les pouvoirs locaux de la région de Stavropol ont d'ailleurs indiqué que «sans l'aide de la population, il sera très difficile de retrouver les auteurs de ces crimes» d'autant que les portraits robots se révèlent «très approximatifs». Pourtant, Nikolaï Patruschev a promis que «l'enquête serait rapide et les résultats analysés objectivement pour comprendre ce qui c'est vraiment passé ici». Tout aussi optimiste, le procureur général Oustinov a dit sa certitude que «les auteurs de cet attentat seront retrouvés, comme ceux des attentats précédents, et sévèrement punis». Trois suspects ont déjà été arrêtés.

Reste que cette nouvelle vague d'attentats intervient à un moment délicat pour la Russie: après avoir annoncé et commencé le retrait de troupes et donné davantage de pouvoir aux services secrets pour effectuer les derniers nettoyages d'une guerre prétendument gagnée, les pouvoirs russes ne peuvent plus cacher qu'ils ne réussissent toujours pas à assurer la sécurité de leurs propres troupes dans Grozny. Et de la population n'importe où en Russie. Dès lors, le message officiel – réduire la résistance tchétchène par la reconstruction économique de la république – paraît bien dérisoire. Comme la remarque de Vladimir Poutine la semaine dernière, rappelant qu'il avait fallu dix ans au pouvoir soviétique, après la Deuxième Guerre mondiale, pour nettoyer les forêts baltes de leurs derniers résistants.