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L’ancien ministre éthiopien des Affaires étrangère Tedros Adhanom Ghebreyesus est arrivé en tête lors du vote d’hier. Au milieu : la Pakistanaise Sania Nishtar. A droite:  le Britannique David Nabarro.
© Fabrice Coffrini / AFP Photo

ONU

Trois candidats pour diriger une OMS en quête de confiance

Le Comité exécutif de l’Organisation mondiale de la santé a désigné mercredi à Genève les trois candidats finalistes qui souhaitent succéder à la Chinoise Margaret Chan. Le moment est crucial. La crise Ebola a mis en évidence les faiblesses de l’organisation

A l’issue d’une séance marathon, le Comité exécutif de l’Organisation mondiale de la santé a choisi mercredi à Genève les trois finalistes pour succéder à la Chinoise Margaret Chan à la tête de l’agence onusienne. Parmi les cinq prétendants auditionnés pendant une heure chacun, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus a obtenu le plus grand nombre de votes (30) devant la Pakistanaise Sania Nishtar (28 voix) et le Britannique David Nabarro (18). Ayant pourtant mené une campagne musclée, l’ex-ministre français de la Santé et des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy est éliminé, n’obtenant que 14 votes. L’Italienne Flavio Bustro a récolté 14 voix.

Au vu des défis qui attendent l’OMS ces prochaines années, l’élection en mai prochain par l’Assemblée mondiale de la santé du successeur de Margaret Chan, qui a dirigé l’organisation pendant dix ans, revêt une importance particulière.

Restaurer la confiance

L’OMS est à un carrefour. «Elle a besoin d’une personnalité forte, capable de s’imposer, notamment en temps de crise», relève Micheline Calmy-Rey, ancienne patronne de la diplomatie suisse. L’ex-conseillère fédérale a participé en 2015 à un panel nommé par le secrétaire général de l’ONU pour émettre des recommandations afin de réformer l’organisation après la débâcle de la crise Ebola. L’OMS a aujourd’hui besoin de restaurer la confiance. Son incapacité d’apporter une réponse à temps à une épidémie d’Ebola qui a fait plus de 11 000 morts a laissé des traces. Elle a surtout révélé les problèmes de fond qui la mine. Elle souffre d’un déficit de financement qui la handicape pour mettre en place un réel dispositif de réponse d’urgence. 86% de son budget est financé, mais celui-ci reste modeste (4,5 milliards de dollars pour 2016 et 2017), équivalant au budget d’un hôpital universitaire tel que les HUG à Genève. De plus, 80% de son budget proviennent de contributions volontaires des Etats membres dont une majorité est affectée à un programme particulier. Prévoir une action à long terme, pour l’OMS, relève de la quadrature du cercle.

Renforcer le leadership

Le siège central à Genève n’a pas non plus su s’imposer face aux six bureaux régionaux à travers le monde. L’actuelle directrice Margaret Chan a d’ailleurs fait un lapsus révélateur lundi à Genève en parlant de sept organisations, à savoir des six bureaux régionaux et du siège central. «Si elle veut pouvoir agir et s’affirmer par rapport aux bureaux régionaux de l’OMS, mais aussi par rapport à des acteurs comme l’Organisation panaméricaine de la santé, elle doit réformer sa gouvernance byzantine», lâche un diplomate européen. L’une des recommandations du panel d’experts auquel a participé Micheline Calmy-Rey est claire: l’OMS doit renforcer sans délai son leadership et unifier sa capacité opérationnelle. C’est d’autant plus nécessaire que des voix critiques, bien que marginales, proposent de confier les questions de santé globale à une entité non onusienne.

Le futur directeur général aura la lourde tâche de trouver un équilibre difficile entre satisfaire les Etats membres et les bousculer quand cela s’avère nécessaire. Aujourd’hui, on reproche à Margaret Chan d’avoir été trop accommodante. Mais le défi est complexe. Des pays riches comme les Etats-Unis souhaiteraient que l’OMS se concentre avant tout sur les réponses d’urgence en cas de pandémie. Des pays en voie de développement estiment que le devoir de l’organisation est davantage d’aider les Etats à développer des systèmes de santé nationaux dignes de ce nom. Leur demande résonne d’ailleurs d’autant plus que l’explosion des inégalités dans le monde a un impact considérable sur la santé globale. C’est d’autant plus le cas que les tendances isolationnistes récentes de certains gouvernements, à l’exemple de l’administration américaine de Donald Trump, pourraient avoir des répercussions dramatiques sur des organisations supranationales telles que l’Organisation mondiale de la santé. Or l’action d’une OMS forte est sans doute plus nécessaire que jamais.

Fixation des normes

Interrogé par Le Temps à Davos, le candidat David Nabarro est pourtant clair: «L’OMS doit se concentrer sur la fixation de normes. Elle a une crédibilité unique dans ce domaine.» Le Britannique appelle à une OMS plus horizontale. Ce que nombre d’experts demandent aussi de l’organisation genevoise, c’est de sortir de son fonctionnement trop bureaucratique et de ne plus agir en électron libre au sein du système onusien. L’adoption par l’ONU en 2015 des objectifs du développement durable devrait aider l’OMS à agir de façon plus cohérente avec les autres agences onusiennes. Le chantier est vaste.

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