Migration

Trois mesures immédiates pour stopper l’hécatombe en Méditerranée

Selon plusieurs rescapés, 41 migrants se sont noyés lorsque leur canot pneumatique a coulé au large de la Libye. Depuis le début de l’année, près de 1000 personnes ont péri en tentant de traverser la Méditerranée

Trois mesures pour stopper l’hécatombe en Méditerranée

Migration Un nouveau naufrage fait 41 disparus au large de l’Italie

Un nouveau naufrage de migrants en Méditerranée a fait 41 disparus, selon quatre survivants débarqués jeudi en Sicile. Ils ont été secourus par la marine italienne, après qu’un avion a repéré leur canot pneumatique en train de couler. Par ailleurs, la police de Palerme a arrêté 15 immigrés africains de confession musulmane, accusés d’avoir jeté par-dessus bord 12 compagnons chrétiens. Selon les médias italiens, les faits se seraient déroulés dans la nuit de mardi à mercredi.

Depuis dimanche, près de 400 migrants d’origine subsaharienne, dont beaucoup de femmes et d’enfants, sont toujours portés disparus après le naufrage de leur navire. Cette tragédie porte le bilan à près de 1000 noyés depuis le début 2015, soit dix fois plus que l’an dernier à pareille époque. Cela alors que les beaux jours annoncent une recrudescence des traversées. Comment stopper l’hécatombe? Voici trois mesures qui peuvent rapidement être mises en place, sans évoquer la lutte contre les passeurs et la stabilisation de la Libye, où les marchands de misère ont pignon sur rue.

Mare Nostrum bis

Depuis la fin de l’opération navale italienne Mare Nostrum, en novembre dernier, le haut-commissaire pour les réfugiés Antonio Guterres crie dans le désert: «Il n’y a pas de moyens équivalents pour sauver des vies.» Rome avait mis fin à son opération en raison de son coût: 6 millions d’euros par mois. Mare Nostrum a été remplacée par un dispositif beaucoup moins ambitieux géré par l’agence européenne de contrôle des frontières Frontex. «Cela signifie concrètement que les opérations de sauvetage reposent avant tout sur les garde-côtes italiens, plutôt que sur la marine», explique Flavio Di Giacomo, porte-parole de l’Organisation internationale des migrations (OIM), à Rome. «Leurs navires sont beaucoup plus petits. Après un ou deux sauvetages, ils doivent rentrer au port avant de pouvoir repartir.» L’Union européenne va-t-elle reprendre à son compte une nouvelle opération Mare Nostrum? Le HCR et l’OIM le réclament. Mais les Européens craignent un «appel d’air».

Subventionner les sauvetages

En l’absence de volonté commune européenne, plusieurs ONG montent elles-mêmes des opérations de sauvetage. C’est le cas du Migrant Offshore Aid Station (MOAS), une fondation privée basée à Malte, qui dispose d’un bateau. «Il faut toute une flotte, avec des hélicoptères et des avions», plaide Flavio Di Giacomo. Le HCR propose d’indemniser les armateurs, dont les navires sont déroutés pour secourir des migrants. En 2014, ils ont sauvé 43 000 personnes, alors que les navires de Mare Nostrum en ont recueilli 150 000. Mais les armateurs, obligés par le droit maritime de porter secours, rechignent. «Des indemnisations sont un premier pas pour que les gouvernements européens assument leurs responsabilités», estime William Spindler, porte-parole du HCR.

Contingents de réfugiés

«La crise en Méditerranée n’est pas seulement une question d’immigration et de contrôle des frontières mais aussi de réfugiés qui ont droit à une protection», analyse Adrian Edwards, également porte-parole du HCR. Depuis l’an dernier, les Syriens, les Erythréens ou les Somaliens représentent la moitié des personnes qui s’embarquent à bord des rafiots à travers la Méditerranée, ce qui explique en grande partie l’augmentation des traversées. «Il faut des alternatives légales leur permettant de rejoindre l’Europe», insiste Antonio Guterres. Le HCR réclame, par exemple, 100 000 places de réinstallation chaque année pour les réfugiés syriens, au nombre de 4 millions au Liban, en Jordanie ou en Turquie. On est loin du compte.

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