Trois personnes sont mortes mardi lors de heurts entre des manifestants et l'armée bolivienne qui dégageait une raffinerie bloquée par des partisans d'Evo Morales. «Nous demandons aux autorités qu'elles ouvrent une enquête», a déclaré à l'Agence France-presse (AFP) un porte-parole du Défenseur du peuple, un organe public chargé de protéger les droits et libertés des Boliviens. En outre, 30 personnes ont été blessées dans ces heurts, a-t-il ajouté.

Ces trois décès portent à 27 le nombre de morts dans des violences survenues depuis un mois que la Bolivie est plongée dans une très grave crise politique.

Les heurts ont éclaté lorsque des «agitateurs et des vandales enragés» s'en sont pris à l'usine de combustible de Senkata, à El Alto, ville-jumelle de La Paz, en utilisant des «explosifs de forte puissance», a indiqué l'armée bolivienne dans un communiqué. Peu avant, la police et l'armée étaient intervenues pour débloquer l'accès de la raffinerie occupée depuis un peu moins d'une semaine par des manifestants, entraînant une grave pénurie de carburants à La Paz.

La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour maintenir à distance des manifestants qui tentaient de s'opposer au déblocage de la raffinerie, selon des images retransmises à la télévision.

Un «pont aérien» promis pour acheminer la viande

Depuis la démission d'Evo Morales, premier président indigène du pays, ses partisans manifestent quotidiennement dans les rues de La Paz et dans certaines villes de province pour exiger le départ de Jeanine Añez. Lundi soir, la police, escortée par l'armée, avait tiré des gaz lacrymogène contre plusieurs milliers de manifestants pro-Morales dans une localité proche de Cochabamba (centre) où neuf paysans ont été tués lors de heurts vendredi.

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Une pénurie d'aliments se fait aussi ressentir dans les magasins et les restaurants de La Paz en raison des blocages de routes qui mènent aux régions agricoles de la Bolivie, dans le centre et l'est du pays. «Il n'y a plus de poulet, y'a que de la soupe», expliquait à l'heure du déjeuner Eduardo Mamani, employé d'un restaurant spécialisé dans les plats à base de poulet de La Paz.

Se voulant rassurant, le ministre du Développement productif Wilfredo Rojo a annoncé qu'un «pont aérien» avait été instauré pour «l'acheminement de viande» vers La Paz avec le concours de l'armée de l'Air.

Reprise du dialogue depuis lundi

Alors que les partisans d'Evo Morales continuent d'exercer une pression dans la rue, le gouvernement intérimaire participe à un dialogue initié lundi par l'Eglise qui réunit tous les partis mais aussi la société civile. Les conversations, dont rien n'a encore filtré, concernent en premier lieu la mise en place d'un nouveau Tribunal suprême électoral (TSE), seul organe à même de convoquer des élections.

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Mais deux alliés de Jeanine Añez, l'ancien président et candidat à la dernière présidentielle Carlos Mesa et le leader régional Luis Fernando Camacho, la pressent de convoquer directement des élections par décret présidentiel. Dans ce dernier cas, elle pourrait se passer du blanc-seing du TSE, mais elle accentuerait la colère des partisans d'Evo Morales.