Eté 1992. La ville de Foca, sur le territoire bosniaque contrôlé par les Serbes dans la vallée de la Drina, non loin de la frontière serbe, vient de tomber entre les mains des Serbes qui capturent des femmes d'origine musulmane, les enferment dans des maisons, dans un lycée ou au gymnase Partizan. Pendant des semaines, parfois des mois, ces prisonnières seront violées, des heures durant, parfois par plusieurs hommes, torturées et humiliées.

Mars 2000. Pour la première fois, une juridiction pénale internationale, le Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), se penche sur le viol en tant que crime contre l'humanité. Pendant plusieurs mois, 63 témoins vont défiler à la barre pour raconter leur calvaire devant une cour tétanisée d'horreur. Sur le banc des accusés, trois hommes, autour de la quarantaine, tous d'anciens officiers de la police militaire, d'une unité spéciale de l'armée, ou de forces paramilitaires: Dragoljub Kunarac, Zoran Vukovic et Radomir Kovac. «Cela a duré des heures. Les hommes se succédaient les uns après les autres. Mes organes n'en pouvaient plus», dira une victime connue sous le nom de «FWS50». «J'étais enceinte de 7 mois. Ils m'ont violée et brûlée à coups de cigarettes», racontera une autre. Et que sont devenues ces deux jeunes filles, vendues 500 DM à des soldats monténégrins après avoir été violées à répétition par leurs tortionnaires serbes? Et cette petite de 12 ans, également cédée contre quelques billets? «Personne ne l'a plus jamais revue.» Odieuse litanie!

22 février 2001: Florence Mumba, présidente de la cour du TPIY, ne mâche pas ses mots pour décrire les accusés. Tous ont directement participé aux viols, quand ils ne les ont pas organisés. «Dragoljub Kunarac, vous avez manifesté le mépris le plus criant pour la dignité des femmes et leur doit humain fondamental à l'autodétermination en matière sexuelle […] En campagne, vous étiez un soldat courageux. Votre autorité aurait pu vous permettre de mettre un terme aux souffrances de ces femmes. Votre participation à ce système cauchemardesque n'en est donc que plus odieuse.» «Radomir Kovac? Vous avez abusé d'une enfant de 12 ans, puis vous l'avez vendue comme un objet. C'est l'exemple le plus frappant de votre caractère dépravé et corrompu.» «Zoran Vukovic, Vous avez raillé la douleur d'une jeune fille de 15 ans que vous aviez violée. Vous lui avez dit que vous lui auriez fait des choses bien pires si elle n'avait pas eu le même âge que votre fille. Vos actions méritent une sanction sévère.» Reconnus coupables de viols, en tant que crimes contre l'humanité, «parce que ces actes criminels, commis dans le cadre d'une attaque systématique et généralisée contre une population civile, répondent à la définition de ce crime», explique un porte-parole du TPIY, les trois accusés ont été punis de 12 à 28 ans d'emprisonnement.