Le président de la république portugaise, le socialiste Jorge Sampaio, expliquera jeudi aux partis politiques représentés à l'Assemblée nationale les raisons qui l'ont conduit mardi à déclencher le processus de dissolution parlementaire et d'appel à des élections générales anticipées. Elles sont déjà faciles à deviner.

Le gouvernement de Pedro Santana Lopes, le vice-président du Parti social-démocrate (PSD, centre droit) qui avait succédé au pied levé à José Manuel Durao Barroso, parti présider la Commission européenne à Bruxelles, est devenu si impopulaire dans l'opinion et son image si désastreuse auprès des élites politiques du pays qu'il peinait à attirer de nouvelles personnalités. La démission fracassante du ministre des Sports, Henriques Chaves, quelques jours après un énième remaniement gouvernemental, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Peu avant, des secrétaires d'Etat avaient été désignés sans en être informés. La préparation du budget 2005 était si mal emmanchée que les grandes entreprises manifestaient leur inquiétude. L'Eglise catholique elle-même, pressentant les risques d'une dégradation politique encore plus grave, offrait ses services au cas où l'Etat aurait besoin d'elle. Bref, de toute part, le mécontentement éclatait.

«Politiciens incompétents»

Le président, qui avait sagement refusé de dissoudre le parlement lors du départ du premier ministre Barroso, comme de nombreux socialistes l'en pressaient, ne pouvait plus laisser la situation se détériorer. S'il avait accepté cet été que le PSD, le plus grand parti de l'Assemblée, garde les affaires en main, allié à un petit parti libéral de droite, le Centre démocratique et social (CDS), c'était sous bénéfice d'inventaire. Les animosités entre les deux formations étaient connues, les haines au sein du PSD lui-même l'étaient également. Une personnalité forte et respectée les eût sans doute contrôlées, voire apaisées.

Le président lui en donnait en tout cas l'occasion. Mais, loin de calmer le jeu, Santana Lopes a rallumé toutes les mauvaises humeurs. Il s'est coupé des patriarches de son parti, dont l'ancien premier ministre et probable candidat à la présidence, Cavaco Silva, qui a dit publiquement sa désapprobation, sous la forme d'un article dans l'hebdomadaire Expresso, un «cri d'alarme» contre les «politiciens incompétents» qui obéissent à des «intérêts particuliers».

A la tête d'une faction d'aficionados qu'il mène «à la Berlusconi», Santana Lopes s'est retranché dans un populisme personnalisé, étranger au caractère de l'actuelle démocratie portugaise. Le dernier sondage, auprès d'un millier de personnes, ne donne pas plus de 36% de voix au PSD, qu'il préside actuellement et dont il sera la tête de liste lors des élections à venir, contre 46% au Parti socialiste. Les Portugais approuvent par ailleurs à 59% la décision de Sampaio de dissoudre l'Assemblée, tandis que 24% le désapprouvent.

Comme dans bien d'autres pays, le paysage politique portugais se polarise. Les socialistes gardent le contrôle de la gauche et du centre gauche, tandis que le PSD, qui occupait le centre et le centre droit depuis trente ans, perd cet espace centriste et se voit repoussé sur une droite qu'il ne contrôle pas idéologiquement. C'est l'une des raisons de cette crise.