Au moins 22 morts et plus de 100 blessés. Tel était dimanche soir le bilan provisoire du double attentat-suicide perpétré en fin d'après-midi par deux kamikazes du Djihad islamique dans une ruelle populeuse jouxtant la «tahana merkazit», la gare centrale des autobus de Tel-Aviv. En pleine campagne électorale, à trois semaines du scrutin du 28 janvier prochain, le spectacle d'horreur a aussitôt conduit la télévision israélienne à interrompre ses programmes: «Depuis quelques semaines, nous commencions à nous habituer à l'idée que nous ne verrions plus ce genre de scènes puisque la plupart des attentats se déroulaient dans les territoires palestiniens ou aux frontières d'Israël explique, abattu, Mouli Cohen, un secouriste du «Magen David Adom», l'équivalent local de la Croix-Rouge. Après ce qui vient de se passer, on peut s'attendre au pire.»

Fréquenté par de nouveaux émigrants russes de condition modeste, par des immigrés africains, ainsi que par des travailleurs palestiniens en séjour illégal, le quartier fort peu salubre dévasté par l'attentat faisait l'objet d'une surveillance constante depuis le déclenchement de l'Intifada. Pourtant, les deux porteurs de bombes ont réussi à s'y infiltrer et à s'y faire exploser simultanément alors que les services de sécurité de l'Etat hébreu avaient lancé vendredi une «alerte générale chaude» sur l'ensemble du pays. Quelques heures avant la double explosion, le ministre israélien de la Défense, Chaoul Mofhaz, avait d'ailleurs pris la parole durant le traditionnel Conseil des ministres du dimanche pour affirmer que «le danger imminent persiste» même si, selon lui, «Tsahal (l'armée) a réussi à empêcher de nombreux attentats en arrêtant 128 kamikazes sur le point de passer à l'acte».

Ce n'est pas la première fois que la rue Neveh Chaanan est visée par un attentat semblable. En février dernier, deux kamikazes s'étaient déjà fait sauter au même endroit. Mais leur opération s'était révélée inutile puisqu'ils avaient choisi de se suicider le jour de «Ticha be Av», une fête juive caractérisée par un jeûne et durant laquelle les rues restent généralement désertes. Cette fois, le Djihad islamique a recherché l'horreur maximale: ses militants ont attendu de se trouver au milieu de la foule rentrant du marché, situé à quelques dizaines de mètres de là, avant d'enclencher leurs détonateurs.

Selon le commandant général de la police israélienne, Chlomo Aharonichky, les bombes utilisées par les terroristes étaient «beaucoup plus puissantes que lors de l'attentat précédent dans cette rue». Elles étaient composées d'une charge de poudre mélangée à des débris métalliques coupants. «Il y a bien longtemps que nous n'avions plus vu une telle tuerie au cœur de Tel-Aviv», affirme le maire de la ville, Ron Houldaï. «Les explosions étaient tellement puissantes que toutes les vitrines de plusieurs terrasses ont été ravagées par le souffle. Des consommateurs attablés à même le trottoir ont été projetés en l'air et sont retombés sur les voitures.» «C'était dantesque, on se croyait en pleine action sur un champ de bataille», poursuit le secouriste Mouli Cohen. En raison des embouteillages, plusieurs blessés sont morts dans les ambulances faute d'avoir pu recevoir les soins spécialisés. Un chirurgien qui passait là par hasard a opéré un blessé grave à la lumière du phare d'un hélicoptère qui éclairait la scène à partir du ciel.

A Jérusalem, Ariel Sharon et le ministre de la Défense, Mofhaz, ont rapidement fait retomber la responsabilité de cette double explosion sur Yasser Arafat bien que le siège du Djihad islamique qui a revendiqué l'attentat se trouve à Damas, et que cette organisation ne reconnaisse pas l'autorité du président palestinien. Les représailles israéliennes s'annoncent sévères. Mofhaz a d'ailleurs réuni ses principaux conseillers militaires dimanche soir, prélude sans doute à une riposte rapide.