Depuis vendredi, plusieurs sites Internet, dont www.artbell.com, diffusent des photos de détenus d'Afghanistan entravés et les yeux masqués dans un avion militaire américain, les premières du genre jamais rendues publiques. Les clichés montrent des détenus encagoulés, à moitié allongés au sol de la soute d'un avion-cargo C-130 et maintenus par des sangles passées entre les bras. Ils sont menottés, ont les pieds enchaînés et sont entourés de soldats américains dont certains lourdement armés.

Ces clichés évoquent les images des centaines d'hommes, des talibans ou des combattants présumés d'Al-Qaida, transférés hors d'Afghanistan depuis janvier vers la base américaine de Guantanamo (sur l'île de Cuba) dans des conditions d'extrême sécurité, et dont les conditions de détention une fois sur place ont suscité la controverse parce que les Etats-Unis ne les considèrent pas comme des prisonniers de guerre protégés par les Conventions de Genève et estiment que ces détenus peuvent être gardés indéfiniment dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.

Un porte-parole militaire américain a déclaré que l'avion de transport figurant sur les clichés était un C-130 et que ces appareils n'avaient pas servi à de tels transferts vers Guantanamo. Ce qui tendrait à étayer l'hypothèse d'un déplacement de captifs dans la région, selon lui. Sur les photos, les prisonniers ne portent d'ailleurs pas les combinaisons orange dont ils sont revêtus pour le voyage vers Guantanamo. Selon l'officier, «rien n'indique que le traitement des prisonniers ne soit pas en accord avec les procédures officielles. Ce qui nous préoccupe, c'est qu'on ait pris et distribué ces photos.» Le Pentagone a d'ailleurs ouvert une enquête à ce sujet.

De son côté, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), garant du droit international humanitaire, a également pris connaissance des photos par la presse, qui les a relayées ce week-end. Mais se veut très prudent quant à leur authenticité. «S'il est établi qu'il s'agit de transferts de prisonniers par les forces américaines, commente Florian Westphal, l'un des porte-parole de l'organisation, alors nous serions suffisamment inquiétés par ce qu'elles montrent. Ce serait une raison supplémentaire pour aborder de nouveau le thème de la dignité humaine dans le cadre des discussions que nous menons avec les autorités américaines. Tout en tenant compte de leurs exigences en matière de sécurité», précise le porte-parole.

LT