Bamako a été le théâtre samedi d'une deuxième journée et d'une nuit de violences entre Bamakois et forces de sécurité tirant à balles réelles selon de nombreux témoignages. Le bilan fait état de onze morts depuis vendredi, a indiqué un responsable des urgences d'un grand hôpital de la capitale malienne. Un précédent bilan, qui faisait état d'un moins sept morts, était remis en question par la contestation qui réclame un changement de pouvoir.

Les affrontements ont été particulièrement durs autour de la mosquée où prêche celui qui est considéré comme la tête pensante de cette contestation, l'imam Mahmoud Dicko. L'entourage de cette personnalité très écoutée et bête noire du pouvoir a diffusé des vidéos difficiles qui s'apparentent à des images de guerre.

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Elles montrent au moins deux hommes visiblement morts baignant dans leur sang et d'autres perforés par des projectiles, ainsi qu'une grande confusion d'hommes s'agitant dans ce qui est selon l'entourage de Mahmoud Dicko les bureaux de l'imam. Des coups de feu claquent à distance par saccades régulières, sans que les tireurs puissent être identifiés.

«Vous êtes en train de tuer les Maliens, dans la mosquée, (à) balles réelles. La mosquée est en feu», s'écrie un homme dans l'une de ces vidéos qui n'ont pas pu être identifiées indépendamment par l'Agence France-Presse (AFP).

Appel au calme

Dimanche, Mahmoud Dicko, personnalité nationale très écoutée et leader de la coalition contestant le pouvoir au Mali, a dit dimanche à l'AFP appeler ses partisans au calme après deux jours de troubles sanglants à Bamako.

«Je demande encore une fois à la jeunesse malienne de faire preuve de retenue et de calme, nous pouvons vraiment trouver et obtenir tout ce que nous cherchons (par) la patience, (par) les bonnes manières", a-t-il dit à un correspondant de l'AFP peu de temps avant de prendre la parole devant des fidèles à l'occasion des funérailles de Bamakois tués dans les violences.

«Je demande à tout un chacun de garder son calme, d'aller vraiment vers une situation d'apaisement et non de violence», a-t-il dit. «Nous devons faire preuve de retenue, mais la lutte continue», a-t-il insisté. Il a évoqué une lutte pour la «refondation du Mali» et contre «la corruption endémique qui est en train aujourd'hui de mettre notre pays à genoux».

L'imam, bête noire du pouvoir et considéré comme le véritable leader de la coalition qui s'est formée autour de lui, devait s'exprimer dimanche après-midi de manière plus publique à la faveur de funérailles dans la mosquée où il prêche.

C'est autour de la mosquée que se sont produits les affrontements les plus durs de la journée de samedi et de la nuit entre Bamakois et forces de sécurité. Un responsable des urgences d'un grand hôpital de Bamako a fait état d'au moins quatre morts, dont deux mineurs. Mais le camp de l'imam parle d'un bilan beaucoup plus lourd.

Barrages et saccage

Dans un climat propice à toutes les rumeurs, les fidèles de l'imam redoutaient apparemment qu'il ne soit arrêté à son tour, comme l'ont été depuis vendredi plusieurs leaders de la contestation, et ont affronté les forces de sécurité.

Des affrontements ont aussi été rapportés près de la maison de la présidente de la Cour constitutionnelle, Manassa Danioko, l'un des personnages publics qui focalisent la colère. Des images circulant sur les réseaux sociaux montrent au moins un homme apparemment mort. Dans d'autres quartiers, des hommes ont dressé des barrages, incendié des pneus et se sont livrés au saccage.

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La capitale, préservée en temps normal par les violences djihadistes et intercommunautaires qui endeuillent le nord et le centre du pays, est la proie depuis vendredi de ses troubles civils les plus graves depuis des années.

Ces violences découlent de tensions sans cesse croissantes depuis les législatives de mars-avril. Une coalition hétéroclite de leaders religieux, de personnalités du monde politique et de la société civile s'est agglomérée autour de l'imam Dicko pour porter la protestation.

Exigences fortes

Ce mouvement dit du 5-Juin canalise une multitude de mécontentements dans l'un des pays les plus pauvres du monde: contre la dégradation sécuritaire et l'incapacité à y faire face après des années de violence, le marasme économique, la défaillance des services de l'Etat, ou encore le discrédit répandu d'institutions suspectes de corruption.

Vendredi, le mouvement est entré selon ses mots en «désobéissance civile», frustré par les réponses successives du président à des exigences fortes: dissolution du Parlement, démission des juges de la Cour constitutionnelle, formation d'un gouvernement dont il nommerait le Premier ministre et, au bout du compte, départ du président.

Le mouvement dit être pacifique et accuse le pouvoir des violences. Plusieurs de ses leaders ont été arrêtés depuis vendredi. Les autres semblent se cacher. Le contrôle que le mouvement exerce encore sur la contestation n'est pas clair.

Alliés inquiets

La décision de la Cour constitutionnelle d'invalider une trentaine de résultats des législatives passe pour un élément déclencheur de la contestation.

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Samedi soir, dans sa quatrième allocution en un mois, le chef de l'Etat a annoncé la dissolution de la Cour constitutionnelle et le remplacement prochain de ses neuf juges. Il a aussi ouvert la voie à des législatives partielles là où la Cour constitutionnelle a invalidé les résultats, suivant en cela les recommandations d'une mission de bons offices des Etats ouest-africains.

L'escalade en cours alarme en effet les alliés du Mali, inquiets d'un élément déstabilisateur de plus dans un pays confronté au djihadisme et à une série de défis majeurs, dans une région elle-même tourmentée.

Ibrahim Boubacar Keïta, 75 ans, président depuis 2013 et réélu en 2018, a réitéré son offre de dialogue et assuré que le prochain gouvernement, en cours de constitution, serait «consensuel, composé de cadres républicains et patriotes et non de casseurs et de démolisseurs du pays». Cependant, aucune de ses ouvertures jusqu'alors n'a fait retomber la fièvre, au contraire.