États-Unis

Trump, son bilan des 100 jours en 100 tweets

Donald Trump se targue d'avoir signé plus de décrets depuis son investiture que n'importe quel président des Etats-Unis, mais leurs effets demeurent pour l'instant maigres. Son bilan peut aussi se faire via son outil de communication favori: Twitter. Ses tweets sont révélateurs de son fonctionnement

Il a d'abord fait mine de trouver l'exercice du bilan des 100 jours «ridicule», avant de multiplier les actions ces derniers jours – santé, réforme fiscale, mur avec le Mexique – pour le compléter. Donald Trump rivalise en superlatifs. Il se targue d'être le président qui a signé le plus de décrets ces trois derniers mois. La Maison-Blanche a sorti sa calculatrice: il en a signé 30, a promulgué 28 lois, et a eu 38 entretiens téléphoniques avec des dirigeants étrangers. Mais les effets restent encore maigres. Certains décrets, c'est le cas de notamment de celui incitant à «acheter et embaucher américain», ont plutôt l'apparence de coquilles vides. Car les textes ne font qu'exiger des «études» et ne proposent pour l'instant rien de concret.  

Nous avons choisi de faire le bilan de Donald Trump de manière un peu décalée, via son arme de communication – et de règlements de comptes – favorite: Twitter. En nous intéressant à chaque fois au premier tweet, souvent matinal, de ses 100 jours, sur @realDonaldTrump. Un compte avec plus de 34 800 tweets suivi par 28 millions de personnes.

Des gifles retentissantes

Le président américain s'y montre impulsif, sans filtre, et s'en prend violemment aux démocrates, à Barack Obama, aux médias ou encore à la justice. Donald Trump, qui lui-même compte la nomination du juge Neil Gorsuch à la Cour suprême comme son principal succès, a fait face à des échecs cinglants depuis son investiture. Il n'est pas parvenu à faire abroger l'Obamacare par le Congrès, et les deux variantes de son décret anti-immigration ont été bloquées par la justice. C'est le cas aussi de sa volonté de pénaliser les villes sanctuaires qui refusent d'expulser les clandestins.

Lire aussi: Donald Trump, les 100 premiers jours de régression

Ces actions entravées lui laissent un goût amer. Elles ont logiquement fait l'objet de tweets matinaux. Ces premiers tweets donnent le «la» de sa journée, et révèlent son état d'esprit à peine levé. Ce sont généralement les plus sanguins et les plus agressifs. Depuis sa prestation de serment le 20 janvier, il n'y a que deux jours pendant lesquels Donald Trump n'a pas twitté. 

Tôt le matin, il annonce son programme de la journée, ses interviews sur Fox News et insiste sur ses efforts en matière de création d'emplois, une de ses principales promesses de campagne, lui qui avait signé un «contrat» avec l'électeur américain pour un «plan d'action de 100 jours». Mais les propos accusateurs, inhabituels venant d'un président, se sont rapidement imposés. Au 5e jour déjà, Donald Trump démarre sa journée en déclarant qu'il va lancer une enquête sur une éventuelle fraude électorale. Il laisse entendre que des gens auraient voté dans deux Etats, ainsi que des personnes en situation illégale... et des morts.

Le 2 février, son premier tweet tombe dans la catégorie des menaces. Il s'en prend à l'Université de Berkeley, qui a annulé la venue du controversé Milo Yiannopoulos, rédacteur en chef de Breitbart News (contraint à la démission quelques jours plus tard). Donald Trump menace, au nom de la liberté d'expression, de lui couper les fonds fédéraux si des «personnes innocentes avec des points de vue différents» ne peuvent pas s'exprimer. Arnold Schwarzenegger en prend également pour son grade, au seizième jour, accusé d'avoir fait un «vraiment mauvais travail comme gouverneur de Californie et encore pire dans l'émission The Apprentice». 

Changement face à la Chine

Plusieurs sondages l'attestent: Donald Trump reste, à ce stade du mandat, le président le plus impopulaire des Etats-Unis. Selon CNN, il ne recueille que 44% d'avis positifs à la veille de ses 100 jours contre 63% à l'époque pour Barack Obama. Mais sa décision de déclencher des frappes aériennes contre le régime de Bachar el-Assad accusé d'avoir utilisé des armes chimiques sur des civils a été plutôt bien perçue. Le président du «America first» s'est impliqué sur la scène internationale, quitte à décevoir ses propres électeurs. Aucune stratégie sur le long terme n'est toutefois perceptible.

Lire aussi:  Il n'y a pas un président américain qui tweete mais deux

Donald Trump a également orchestré des virages à 180 degrés par rapport à certains pays. C'est surtout le cas avec la Chine. Il avait dans un premier temps menacé de taxer lourdement les produits chinois importés, il a changé de ton après la visite du président chinois. Le 16 avril, son premier tweet de la journée était: «Pourquoi est-ce que j'accuserais la Chine de manipuler le taux de change de sa monnaie quand ils travaillent avec nous sur le problème nord-coréen? On verra ce qui arrive!» Il continue depuis à souffler le chaud et le froid. 

Imprévisible, le président américain revendique un fonctionnement à l'instinct. Quand il est très en colère, certains tweets sont livrés en chapelets, groupés, sans nuances. Empêtré dans l'affaire de l'ingérence russe pendant la campagne présidentielle, il a dû se débarrasser de son conseiller stratégique Michael Flynn, qui avait menti sur des contacts entretenus avec les Russes. De vives tensions sont également apparues dans son entourage proche, entre son beau-fils Jared Kushner et son conseiller stratégique, le controversé Stephen Bannon.

Lire aussi: La vérité selon Donald Trump

Les liens avec la Russie font souvent partie de ses préoccupations matinales. Il suggère notamment de s'intéresser davantage aux Clinton, défend son ministre de la Justice Jeff Sessions, qui était dans de mauvais draps pour avoir dissimulé des contacts avec les Russes pendant son audition au Congrès, et tape sur la CIA et le FBI. 

Ses tweets en disent aussi beaucoup sur son rapport aux médias. Influencé par Fox News, et plus particulièrement par l'émission quotidienne Fox & Friends, diffusée entre 6 et 9 heures, Donald Trump accuse régulièrement les autres médias, le New York Times, CNN et la NBC en tête, de divulguer des «fake news». Ces mots sont pour la première fois apparus comme premier tweet matinal, au huitième jour de sa présidence. Le 15 février, il s'est montré plus virulent en parlant de «théories du complot» et de «haine aveugle». C'est l'affaire de l'ingérence russe qui le rend nerveux. 

«Un vocabulaire de 77 mots»

Un site, dirigé par un certain Brendan Brown, recense tous les tweets publiés par Donald Trump depuis l'ouverture de son compte, en permettant des recherches par dates et mots-clés. Sur les 458 messages courts écrits depuis le 20 janvier, le mot «fake» apparaît 39 fois. Barack Obama est évoqué 38 fois et Hillary Clinton six. Généralement en des termes très peu élogieux. Dans un article publié fin janvier dans le New Yorker, l'écrivain Philip Roth s'interroge sur la twittophilie de Donald Trump et parle de lui comme d'un président «ignorant du gouvernement, de l’histoire, de la science, de la philosophie, de l’art, incapable d’exprimer ou de reconnaître une subtilité ou une nuance». Et surtout utilisant «un vocabulaire de 77 mots».

Un de ses tweets matinaux les plus marquants a été diffusé le 4 mars, à 6h35, mais était déjà précédé d'un autre. Là encore il s'appuie sur des médias dont il est proche, Fox News et Breitbart News, pour lancer de graves accusations sans preuves: «Terrible! Je viens de découvrir qu'Obama m'avait mis sur écoute à la Trump Tower juste avant la victoire. Rien trouvé. C'est du maccarthysme!»

Donald Trump utilise davantage ses tweets pour se justifier, accuser, rendre des comptes, critiquer l'administration précédente, que pour diffuser un programme et des idées. Finalement, il tweete un peu comme il gouverne. Et vice-versa. 

Publicité