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Donald Trump (de dos) fait une bain de foule avec de supporters lors d’un meeting le 7 mars à Concord, en Caroline du Nord. 
© © CHRIS KEANE / Reuters

Présidentielle américaine

Trump courtise les oubliés de la globalisation

L’actuel favori à l’investiture républicaine tient un discours qui séduit les classes laborieuses blanches, notamment dans la Rust Belt, cette zone industrielle sinistrée entre Chicago et Détroit

«Face au républicain Donald Trump, Hillary Clinton a toutes les chances d’accéder à la Maison-Blanche.» Souvent entendu dans les médias américains, le scénario ne convainc pas tout le monde. Dans une campagne électorale qui défie déjà tous les critères habituellement pertinents dans une présidentielle aux Etats-Unis, même certains démocrates commencent à être pris d’angoisse. Et si Donald Trump devenait le 45e président des Etats-Unis? Les craintes ne sont pas infondées. Il n’est pas rare d’entendre qu’un électeur démocrate ayant voté pour Barack Obama en 2008 et en 2012 envisage de jeter un bulletin dans l’urne le 8 novembre prochain en faveur de… Donald Trump.

Lire aussi: Donald Trump triomphe en cette nouvelle journée de primaires

La classe laborieuse blanche visée

Lors de ses meetings électoraux, le milliardaire new-yorkais ne cesse de tempêter contre les accords de libre-échange, à commencer par l’Alena, le traité entre le Mexique, le Canada et les Etats-Unis en vigueur depuis 1994. Il peste aussi contre le Partenariat transpacifique, un accord de libre-échange entre douze pays de l’espace Asie-Pacifique représentant 40% du commerce mondial. Dans ses diatribes, il répète l’important déficit commercial entre le Mexique et les Etats-Unis. Ces critiques visent un électorat bien précis: la classe laborieuse blanche. Selon l’Economic Policy Institute proche des milieux syndicaux, les Etats-Unis ont perdu 5 millions d’emplois entre 1997 et 2014. Entre 1993 et 2013, le déficit commercial américain par rapport au Mexique a bondi de 17 milliards de dollars à 177 milliards et causé la délocalisation de quelque 800 000 postes de travail. Par sa rhétorique enflammée contre le Japon, la Chine, la Corée du Sud ou encore le Mexique, Donald Trump touche une corde sensible. Déboussolés par une globalisation qui les dépasse, par des logiques industrielles qui ont saccagé une partie du pays, en particulier la Rust Belt, cette zone industrielle entre Chicago, Détroit et Cleveland, nombre d’employés blancs peu éduqués voient dans le New-Yorkais un candidat qui «parle aux peurs des Américains qui ont perdu la fois dans les élites politiques, mais aussi économiques», souligne le sondeur républicain Frank Luntz dans le magazine The Nation.

Le phénomène rappelle ce qui s’est passé au début des années 1980 avec Ronald Reagan et que Thomas Frank a bien raconté dans son ouvrage «What’s the Matter with Kansas». Des ouvriers blancs qui votaient généralement démocrates se sont détournés de leur parti pour se rallier derrière le père de la révolution conservatrice. On les a appelés les Reagan’s Democrats. Dans les Etats de la Rust Belt et dans le Michigan qui tenait ses primaires mardi, des responsables syndicaux ne s’en cachent pas. Certains de leurs membres affichent leur sympathie pour le protectionnisme prôné par Donald Trump. Bien que l’électorat afro-américain soit très démocrate, plusieurs votants noirs sont susceptibles de se tourner vers le magnat de l’immobilier new-yorkais. Ce dernier, ajoute Frank Luntz, pourrait «glaner le plus grand pourcentage de votes afro-américains depuis Ronald Reagan» en 1980 où le républicain avait obtenu quelque 14% du vote noir.

Des propos dégradants qui ne font pas l'unanimité

L’électorat de Trump va bien sûr au-delà des classes laborieuses. Il comprend aussi une frange d’électeurs blancs déstabilisés par l’évolution démographique des Etats-Unis, où les minorités afro-américaine et surtout hispanique bousculent la majorité blanche. Dans vingt ou trente ans, les Blancs ne seront plus majoritaires. Aujourd’hui, ils le demeurent toutefois très largement lors des élections (72% de l’électorat en 2016 contre 89% en 1976). L’actuel favori à l’investiture républicaine, qui séduit quelques universitaires blancs, est toutefois loin de conquérir l’intégralité de l’électorat blanc effrayé par sa démagogie et ses propos dégradants.

Le chemin de Donald Trump pour accéder à la Maison-Blanche reste difficile, mais il n’est pas impossible. Le candidat populiste pourrait séduire une partie du Midwest. En 2012, Mitt Romney avait remporté le vote de la classe laborieuse blanche en Ohio par 57% contre 41% pour Barack Obama. Mais conquérir des Etats traditionnellement démocrates comme le Wisconsin et le Minnesota relève de la gageure. S’il devait obtenir l’investiture républicaine, Donald Trump pourrait bien modérer sa rhétorique et endosser le costume de l’homme d’affaires à succès capable de restaurer l’Amérique industrielle d’antan. Mais un écueil important demeure: s’il parvient à mobiliser en masse l’électorat ouvrier blanc, même celui qui ne vote jamais, il produira sans doute un contre-effet: une mobilisation spectaculaire des minorités.

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