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Des passants devant une fresque murale à Téhéran, sur la façade de l'ancienne ambassade américaine.
© Vahid Salemi/AP PHOTO

Géopolitique

Trump déchire l'accord nucléaire iranien et plonge le Moyen-Orient dans l'inconnu

Le président américain a confirmé la sortie des Etats-Unis de l’accord. Il accuse l’Iran de «mensonge». Le risque d’escalade dans la région est grand

La perspective de vives tensions avec ses alliés européens et surtout le risque de pousser Téhéran à relancer son programme nucléaire ne l’ont pas dévié de ses intentions. Donald Trump a confirmé mardi ce que beaucoup redoutaient: les Etats-Unis sortiront bien de l’accord sur le nucléaire iranien. Signé en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni, Allemagne), le texte avait été conclu après 21 mois d’âpres négociations.

«Ambitions sanguinaires»

Depuis sa prise de pouvoir en janvier 2017, le président américain n’avait jamais caché tout le mal qu’il pensait de l’«horrible» accord conclu sous Barack Obama. De facto, sa dénonciation revient à rétablir des sanctions économiques, notamment sur le pétrole, et à piquer le régime iranien au vif. L’Agence internationale de l’énergie atomique, qui surveillait l’application de l’accord, a pourtant fait savoir à onze reprises que celui-ci était respecté par Téhéran. Le pacte a notamment contraint la République islamique à réduire son stock d’uranium enrichi et à faire baisser sensiblement le nombre de ses centrifugeuses.

Donald Trump n’a pas mâché ses mots mardi. Il a qualifié l’accord, à la «structure pourrie», de «désastreux», et le régime iranien, «aux ambitions sanguinaires», de «principal soutien du terrorisme». Il a dénoncé les «milliards de dollars», «parfois versés en cash», tombés entre les mains des dirigeants iraniens. Il menace Téhéran de «graves conséquences» s’il se dote de la bombe nucléaire. Surtout, il l’accuse de «mensonge».

Lire l'article lié: «Au Moyen-Orient, les Etats-Unis continuent d’empoisonner le jeu régional»

«Preuve définitive»

«Le prétendu accord devait protéger les Etats-Unis et ses alliés. En fait, il a permis à l’Iran de poursuivre son programme d’enrichissement de l’uranium», a déclaré le président américain. Puis: «Nous avons la preuve définitive que l’engagement iranien [pour un nucléaire pacifique] était un mensonge. Cet accord totalement déséquilibré n’aurait pas dû être conclu.» Donald Trump a aussitôt été félicité par le premier ministre israélien.

Brutale mais attendue, la décision américaine intervient à quelques semaines du sommet prévu entre Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un, censé sceller la fin de la surenchère nucléaire de la Corée du Nord et la dénucléarisation de la péninsule.

Macron a tenté d’amadouer Trump

Quelques heures plus tôt, les avertissements pleuvaient, dans une certaine fébrilité. Heiko Maas, le chef de la diplomatie allemande, n’a pas caché redouter qu’un «échec» ne conduise à une «escalade» au Moyen-Orient. Donald Trump voulait réorienter l’accord. Il conteste notamment la levée progressive, à partir de 2025, de certaines restrictions aux activités nucléaires iraniennes, et veut s’en prendre plus directement au programme de missiles balistiques.

Lors de sa récente visite à Washington, le président français Emmanuel Macron était allé jusqu’à évoquer un «nouvel accord» pour tenter de freiner Donald Trump, au risque d’affaiblir le pacte existant. Un coup de fil entre les deux présidents a encore eu lieu ce 8 mai. La chancelière allemande Angela Merkel a également tenté de lui faire changer d’avis. Sans succès. De son côté, Barack Obama a, quelques minutes après l'annonce de Trump, dénoncé une «grave erreur». 

Pour Donald Trump, fidèle à son slogan «America First», des considérations de politique intérieure prévalent. Pour les Européens, les Russes et les Chinois, le défi est désormais de convaincre les décideurs iraniens de ne pas «déchirer» le pacte à leur tour. Le président Rohani a fait savoir que l'Iran ne se retirait pas de l'accord pour l'heure, tout en accusant Trump de pratiquer une «guerre psychologique». Mais l'accord est à moitié mort. Et les incertitudes sont énormes. Les conservateurs iraniens ont déjà profité des nombreuses ombres planant sur l’avenir de l’«Iran Deal» ces derniers mois pour renforcer la répression interne.


Les sanctions américaines effectives immédiatement pour les nouveaux contrats

Le rétablissement des sanctions américaines liées au programme nucléaire iranien est effectif «immédiatement» pour les nouveaux contrats, a affirmé mardi le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, précisant que les entreprises déjà engagées en Iran auraient, elles, quelques mois pour en «sortir».

Le Trésor américain a fait savoir que les sanctions concernant les anciens contrats conclus en Iran entreraient en vigueur après une période de transition de 90 à 180 jours, quelques minutes après l'annonce par le président Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire signé entre Téhéran et les grandes puissances en 2015. «Il est absolument possible que des sanctions supplémentaires puissent suivre, si nous avons de nouvelles informations», a précisé John Bolton. Concrètement, «la décision signée aujourd'hui par le président rétablit immédiatement les sanctions qui existaient à l'époque de l'accord», a-t-il expliqué à la presse après l'annonce de Donald Trump. «Aucun nouveau contrat n'est autorisé».

Pour les contrats déjà en cours, et notamment pour les entreprises étrangères, souvent européennes, qui ont investi en Iran, la période de transition, de trois à six mois, «est une manière de donner aux sociétés l'occasion de sortir» du pays, a-t-il ajouté. Il a rappelé que Donald Trump est «prêt à envisager des discussions sur une solution beaucoup plus large». (AFP)


Chronologie

1968 L’Iran, alors dirigé par le shah, qui a ouvert la première centrale nucléaire du pays, signe le Traité de non-prolifération nucléaire.

1979 L’ayatollah Khomeiny renonce à l’énergie nucléaire, mais la nouvelle République islamique révisera son jugement pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988).

2002 Des images satellitaires révèlent deux sites nucléaires secrets.

2006 Premières sanctions contre Téhéran.

2013 Hassan Rohani est élu président sur la promesse d’une normalisation des relations avec la communauté internationale.

2015 Signature de l’accord sur le nucléaire iranien à Vienne.


Forces et faiblesses d’un accord historique

Ce que contient et ne contient pas l’accord conclu entre l’Iran et les grandes puissances, que Donald Trump s’apprête à dénoncer

Quel est le but l’accord de 2015 entre l’Iran et les grandes puissances?

Empêcher la République islamique de se doter d’armes nucléaires. L’Iran a toujours nié vouloir devenir une puissance atomique, bien qu’il ait dissimulé l’ampleur de son programme. En vertu de l’accord, Téhéran garde toutefois le droit de développer une filière nucléaire civile. C’est toute l’ambiguïté alors que la technologie atomique peut être à double usage.

Quelles sont les garanties?

Les installations nucléaires iraniennes sont bridées pendant dix ans. Le nombre de centrifugeuses, qui permettaient d’enrichir l’uranium pour en produire de qualité militaire, est limité. D’autres sites suspects doivent changer d’affectation ou devenir des centres de recherche. L’Iran n’a plus le droit de produire du plutonium, l’autre matière fissible pour fabriquer une bombe. Pour garantir ces limitations, l’Iran a accepté un système d’inspection inédit et renforcé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Mais ces limitations tomberont en 2025, ce que ne manquent pas de rappeler les adversaires de l’accord. Toutefois, l’Iran restera soumis aux inspections, puisqu’il a signé le protocole additionnel au Traité de non-prolifération nucléaire.

Qu’a obtenu l’Iran?

La promesse d’une levée progressive des sanctions internationales. Téhéran a notamment bénéficié du déblocage de fonds gelés à l’étranger. Mais, vu l’incertitude autour de cet accord, les investisseurs étrangers ne se pressent pas à Téhéran et l’embellie économique se fait attendre. Et le régime iranien reste soumis à des sanctions, en raison de la piètre situation des droits de l’homme ou de son programme balistique (missiles).

Ce que ne contient pas l’accord

Le programme balistique iranien n’est pas concerné. Le texte ne limite pas les ambitions régionales de l’Iran, dont la présence en Syrie ou le soutien présumé aux rebelles au Yémen. Ambitions qui tétanisent les alliés israélien et saoudien de Washington. (Simon Petite)

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