Editorial

Trump est embourbé mais pas condamné

EDITORIAL. Avec les révélations de Michael Cohen, l’ombre d’une procédure de destitution plane de nouveau sur Donald Trump. Plus que jamais, les résultats des élections de mi-mandat seront déterminants pour l’avenir du président

S’il fallait une preuve que le président des Etats-Unis aime s’entourer de sulfureux voyous corrompus et avides d’argent, la journée de mardi en a fait la criante démonstration. Coup sur coup, Paul Manafort, son ex-directeur de campagne, a été reconnu coupable de fraude bancaire et fiscale, et son ancien avocat Michael Cohen plaide coupable pour des faits similaires. Ce dernier a surtout lancé un immense pavé dans le marécage: il reconnaît avoir violé les lois sur le financement des campagnes électorales, à la demande de Donald Trump. Un fait grave.

Lire aussi: Paul Manafort condamné pour fraude

Ces révélations font l’effet d’une bombe aux Etats-Unis. Une nouvelle fois, la crédibilité du président est mise à rude épreuve et l’ombre d’une procédure de destitution plane. Michael Cohen a admis avoir versé 130 000 et 150 000 dollars pour faire taire deux femmes qui affirment avoir eu une liaison avec le milliardaire. Le juriste a surtout déclaré que le but était bien d’enterrer des informations «qui auraient porté préjudice au candidat». Autrement dit, d’influencer les résultats de l’élection présidentielle.

Lire également: Michael Cohen, le «pitbull» de Donald Trump, désormais muselé

L’avocat de Michael Cohen résume la situation de façon limpide: si son client est reconnu coupable de ce délit, pourquoi Donald Trump, son commanditaire, ne le serait-il pas? Dans l’affaire de la star du X Stormy Daniels, le président avait d’abord nié avoir remboursé le montant à son avocat, avant de finir par l’admettre, tout en assurant que cela n’avait «rien à voir avec la campagne». Le voilà désormais accusé par Michael Cohen d’être un pousse-au-crime. Et d’avoir menti.

Combien de temps tiendra-t-il? S’il ne peut être inculpé comme président en exercice, son immunité peut être levée. Mais, jusqu’ici, Donald Trump a échappé à toute procédure d’impeachment, alors même que l’enquête sur l’interférence russe empoisonne son mandat et se rapproche dangereusement de son entourage.

Depuis les dernières révélations, les démocrates se font plutôt discrets. Il y a deux raisons à cela. D’abord, Michael Cohen, qui il y a peu se disait prêt à «prendre une balle» pour Trump, n’a peut-être fait tomber que la première pièce d’un jeu de dominos et pourrait encore s’adonner à un grand déballage, en coopérant avec le procureur spécial Robert Mueller, qui traque toute trace de collusion.

Ensuite, les républicains étant majoritaires au Congrès, une telle démarche n’aurait aujourd’hui que peu de chances d’aboutir, à moins d’un nombre suffisant de défections dans le camp républicain. Les démocrates ne veulent pas griller leurs cartouches. Les résultats des élections de mi-mandat, en novembre, seront plus que jamais déterminants pour l’avenir du président.

Pour s’imposer, les démocrates devront manœuvrer finement. Car les menaces de destitution ont aussi un autre effet collatéral: mobiliser les électeurs républicains qui veulent à tout prix faire réélire Donald Trump, malgré les encombrantes casseroles qu’il traîne.

Publicité